Blaine Higgs a passé beaucoup de temps depuis qu’il est devenu premier ministre du Nouveau-Brunswick à courtiser l’Alberta et à appuyer son industrie pétrolière. Il a découvert à la dure que son homologue Jason Kenney ne lui rendra pas la pareille.

Les Albertains se sont rendus aux urnes lundi dans le cadre d’élections municipales. Trois plébiscites ont eu lieu en même temps, dont un sur la péréquation. Les électeurs étaient invités à décider s’ils demandent de retirer l’article 36 (2) de la Constitution garantissant l’existence du programme.

Les résultats ne seront pas connus avant la semaine prochaine. Cela n’a pas empêché Jason Kenney de crier victoire le soir même, sur la base de résultats préliminaires qui laissent croire qu’environ 60% des électeurs souhaitent la fin de ce programme fédéral.

La péréquation vise à assurer que toutes les provinces puissent offrir à leur population des services publics comparables d’un océan à l’autre. Riche ou pauvre, chaque province peut, grâce à ce programme, se payer des hôpitaux, des écoles et des infrastructures de qualité.

Le Québec est le plus important récipiendaire, avec plus de 13 milliards $ annuellement. Le Nouveau-Brunswick est toutefois la province la plus dépendante. L’année dernière, nous avons reçu

2,27 milliards $ par l’entremise de ce programme. En comptant tous les autres revenus en provenance du fédéral, ce sont pas loin de 40% des recettes du gouverne­ment provincial qui viennent d’Ottawa.

Sans péréquation, il n’y aurait pas de Nouveau-Brunswick. Ou alors, notre province serait bien différente de ce qu’elle est actuellement. Sans l’argent du fédéral, nos finances publiques, notre système de santé et notre système d’éducation s’effondreraient.

C’est pourquoi tout premier ministre néo-brunswickois a la responsabilité et le devoir d’entretenir de bonnes relations avec Ottawa. Il doit aussi tendre l’oreille chaque fois que des voix s’élèvent contre ce qui est ni plus ni moins une ligne de vie pour notre province.

Cela dit, malgré ce référendum, il n’y a pas lieu de paniquer dans les rues.

Pour adopter un amendement à la Constitution, il faut l’appui de sept provinces sur 10 représentant plus de 50% de la population canadienne. Ça n’arrivera pas.

Par ailleurs, le référendum albertain ne faisait pas très sérieux. Il n’y avait pas même pas de camps du Oui et du Non dûment constitués. Il s’agissait plutôt d’un exercice politique et partisan au bénéfice de Jason Kenney et de son parti, lesquels sont au plus bas dans les sondages.

M. Kenney affirme lui même que l’objectif n’est pas d’éliminer le programme, mais plutôt de négocier une entente juste (a fair deal). L’Alberta estime verser à Ottawa de 15 à 23 milliards $ de plus que ce qu’elle reçoit.

Il faut le dire aussi, peu de gens, en Alberta ou ailleurs, s’insurgent contre l’aide qui est versée au Nouveau-Brunswick. C’est le fait que le Québec soit le plus important bénéficiaire qui frustre tant de citoyens dans les Prairies. En éliminant le programme, cela ferait toutefois des victimes collatérales dans les Maritimes, ce qui n’empêche pas les opposants au programme de dormir.

Par ailleurs, les difficultés financières de l’Alberta sont liées à sa trop grande dépendance au pétrole, mais aussi au fait qu’elle se prive volontairement de millions de dollars de revenus. Il est difficile d’avoir de l’empathie pour cette province, quand on sait qu’elle n’a pas de taxe de vente provinciale (au Nouveau-Brunswick, elle est de 10%).

Néanmoins, ce référendum démontre une nouvelle fois que Blaine Higgs aurait dû passer moins de temps à défendre les intérêts pétroliers de l’Alberta et plus d’efforts à promouvoir ceux du N.-B.

Notre premier ministre a fait les yeux doux à M. Kenney et au chef conservateur fédéral Erin O’Toole. Il n’a pas eu de contrepartie.

Le programme électoral du Parti conservateur fédéral prévoyait de mettre fin «au mauvais traitement de l’Ouest» et d’assurer «l’équité de la péréquation et des transferts». M. O’Toole n’a jamais pris soin de préciser si cet engagement se traduirait par une perte de revenus pour les provinces dépendantes du programme, avec au premier rang le Nouveau-Brunswick.

La péréquation ne disparaîtra pas de sitôt. La bataille pour modifier la formule au détriment des provinces comme le Nouveau-Brunswick est cependant bien engagée. Fredericton doit la prendre au sérieux.

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