Que cache la décision du ministre responsable de la Sécurité publique, Hugh John Flemming, de pousser vers la porte de sortie le chef de la GRC au Nouveau-Brunswick, Larry Tremblay? Certainement plus que les raisons officielles qui ont été rendues publiques.

Le 15 juillet, Hugh Flemming a réclamé à la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, le remplacement d’urgence de Larry Tremblay. Le ministre est dans son droit d’exiger une telle chose. C’est son privilège. Il n’a transgressé aucune règle de droit ou convention en s’en prévalant.

Si la démarche n’a rien d’illégal, elle reste hautement inhabituelle. Il est rare qu’un ministre décide d’obtenir la tête d’un commissaire divisionnaire de la GRC. Un peu partout dans les milieux policiers et judiciaires, autant au Nouveau-Brunswick qu’ailleurs, la manœuvre a fait sourciller.

Dans sa lettre, M. Flemming affirme que le remplacement du commissaire divisionnaire Tremblay est «une urgente nécessité». Il ajoute ne pas avoir pris cette décision à la légère, qu’il n’aurait jamais rédigé cette missive s’il avait encore confiance en M. Tremblay et soutient regretter que cela soit devenu nécessaire.

Bref, le genre d’annonce qui a lieu quand une organisation est en crise, qu’elle est dépassée par les événements ou que ses dirigeants sont au cœur d’un scandale. Or, ce n’est pas le cas.

Larry Tremblay est aux commandes depuis cinq ans. Hugh J. Flemming rappelle qu’il a connu une carrière «exemplaire» et qu’il est un gestionnaire responsable qui a su faire preuve de leadership aux moments opportuns.

Pourtant, le ministre précise n’avoir «aucune confiance» en la capacité de M. Tremblay d’apporter les changements que le gouvernement juge nécessaires. Il ne s’appuie sur aucune donnée concrète pour en arriver à cette conclusion. Les statistiques colligées par la GRC démontrent même le contraire, soit qu’elle est en voie d’atteindre ou de dépasser ses cibles pour 2021-2022 en matière d’arrestations et de saisies.

Le ministre a balayé ces données du revers de la main en indiquant que la situation «se détériore constamment», une analyse (si on peut appeler cela ainsi) basée semble-t-il sur des ouï-dire.

M. Flemming soutient que les élus municipaux sont insatisfaits des coûts et du service offert par la police fédérale. Leurs récriminations sont en effet bien connues. Néanmoins, nous avons la conviction que personne ne voyait le congédiement de Larry Tremblay comme étant la solution facile à leurs problèmes.

Bref, le ministre donne l’impression d’utiliser les frustrations légitimes des élus municipaux pour justifier une décision qu’il a prise pour de tout autres raisons qui sont gardées confidentielles.

Il est probable que le courant ne passait pas entre les deux hommes. Il y a quelques jours, Hugh John Flemming a mis son chapeau de procureur général et de ministre de la Justice afin d’interdire aux fonctionnaires d’utiliser les expressions «non cédé» ou «non abandonné» dans leurs discours ou signatures de courriel.

Quelques heures plus tard, la GRC écrivait sur son compte Twitter reconnaître que «les terres sur lesquelles le Nouveau-Brunswick se trouve font partie du territoire traditionnel non cédé» de trois nations autochtones.

On peut deviner que cette initiative de la police fédérale sur les médias sociaux n’a pas dû être bien accueillie à Fredericton.

Autre indice que tout cela sent bien mauvais: la GRC a confirmé que Kevin Leahy, qui aurait normalement succédé à Larry Tremblay, n’aura finalement pas l’emploi. Aucune explication n’a été donnée.

Jusqu’à récemment, quand un nouveau gouvernement arrivait en place, il s’empressait de nommer pour services rendus des amis du parti à la tête d’organismes publics comme Alcool NB ou Énergie NB.

Même si le gouvernement a le droit d’agir ainsi, nous nous attendons à le voir conserver une saine distance d’avec la GRC, même s’il en est responsable. En termes plus clairs, nous ne voulons pas le voir politiser la police.

Le commandement de la GRC au Nouveau-Brunswick ne doit pas devenir un siège éjectable, où l’occupant est à la merci des sautes d’humeur au sein du Cabinet.

Nous ne pouvons pas remettre le dentifrice dans le tube. Larry Tremblay prendra sa retraite à la fin du mois. Ce qui est fait est fait.

Le processus visant à nommer son successeur devra toutefois se faire dans les règles de l’art. Il serait inacceptable qu’il soit teinté par la partisanerie ou par l’idéologie du gouvernement du jour.

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