Les fonctionnaires provinciaux n’ont plus le droit de déclarer dans un discours officiel ou dans la signature de leur courriel que l’endroit où ils se trouvent est un territoire non cédé par les Autochtones. Une interdiction décrétée par le gouvernement Higgs qui peut se justifier juridiquement, mais qui démontre encore une fois à quel point ce dernier est insensible à la cause des Autochtones.

Il y a des siècles, les Britanniques ont signé avec les différentes nations autochtones qui occupaient déjà le continent des traités visant à accaparer leurs terres à bas prix. Les Français arrivés à compter de 1604 n’ont pas signé de telles ententes. Ils se sont installés sans demander l’avis à personne.

Cela fait dire aujourd’hui à des historiens et à des juristes que les peuples autochtones de l’Est, notamment ceux du Nouveau-Brunswick, ont une cause solide entre les mains. Ils n’ont littéralement rien cédé du tout. Les traités éventuellement signés avec les Britanniques ne comportaient pas de dispositions de cession de leurs terres.

Les paragraphes précédents ne résument pas tout. Tout cela est très complexe du point de vue politique, juridique et historique. Ailleurs au Canada, des causes ont traîné devant les tribunaux pendant des décennies.

Entretemps, une plus grande sensibilité s’est développée à l’égard des Autochtones. Depuis quelques années, on voit des personnalités publiques commencer leurs discours en reconnaissant être sur un territoire autochtone non cédé. Le premier ministre Brian Gallant avait pris cette habitude. La députée Ginette Petipas Taylor le fait systématiquement. C’est devenu aussi pratique courante lors d’événements culturels, lancements de saison, etc.

La décision du procureur général, Hugh John Flemming, d’interdire à tout employé ou représentant du gouvernement de reconnaître symboliquement que le Nouveau-Brunswick est situé sur des terres non cédées par les Wolastoqeys (mieux connu sous le nom de Malécites) et les Mi’kmaqs va à l’encontre de la tendance, en plus d’avoir suscité des critiques de la part de collègues ministres.

Le gouvernement Higgs se positionne du mauvais côté de l’Histoire.

Fredericton a adopté cette position à la suite d’une recommandation juridique. En effet, des communautés de la Première Nation Wolastoqey ont déposé l’année dernière une poursuite judiciaire contre le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Leurs revendications territoriales couvrent plus de la moitié de la province.

Une éventuelle victoire des Wolastoqeys ne signifierait pas que les Néo-Brunswickois vivant le long du fleuve Saint-Jean devront déménager. Les Autochtones pourraient toutefois obtenir d’importantes compensations financières et avoir un mot à dire sur le développement de leur territoire ancestral.

Vous devinez que cette perspective n’enchante pas le gouvernement Higgs, lequel n’a démontré aucune volonté depuis son accession au pouvoir à traiter de bonne foi avec les Premières Nations.

Le ministre des Affaires autochtones Jake Stewart a été mis à la porte du Cabinet parce que jugé trop ouvert aux revendications autochtones. Le programme de remboursement aux Premières Nations d’une partie de la taxe de vente provinciale a été annulé sans consultations ou négociations.

Un groupe de travail provincial est tombé en morceaux quand des membres autochtones, dont le coprésident, ont claqué la porte après que le gouvernement a torpillé à la législature une motion de l’opposition en faveur d’une enquête publique sur le racisme systémique.

Les enfants de la Première Nation Listuguj se sont vus interdire de fréquenter leur école au Restigouche pendant une bonne partie de la pandémie. Le N.-B. est l’une des provinces qui a refusé de faire de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation un jour férié. Des rencontres entre M. Higgs et les chefs des Premières Nations ont tourné au fiasco.

Nous comprenons la prudence du gouvernement. C’est une chose de répéter dans les médias sociaux que le Nouveau-Brunswick est sur un territoire non cédé. C’en est une autre de le faire s’il y a une possibilité que cela vous coûte des millions de dollars.

Au final, un fait demeure. Ce gouvernement agit de façon hostile en réponse aux revendications autochtones, autant les plus concrètes que celles qui sont de nature symbolique. Peu importe si des fonds publics sont en jeu ou s’il ne s’agit que de poser des gestes pour la réconciliation, son premier réflexe est toujours de faire preuve d’intransigeance. Il vient encore une fois d’en faire la démonstration.

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