Les syndiqués de la fonction publique ont frappé fort, vendredi matin, en causant la fermeture des écoles. Le ton est donné. Le gouvernement Higgs et le Syndicat canadien de la fonction publique ne se feront pas de cadeaux.

Quelque 22 000 fonctionnaires de différents secteurs de la société, y compris la santé et l’éducation, sont en droit de faire la grève.

Nous aurions voulu voir le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) utiliser une forme de gradation dans ses moyens de pression. Il a plutôt choisi de viser la jugulaire dès le jour 1 en provoquant la fermeture des écoles, plutôt que des magasins d’Alcool NB, par exemple.

Il faut une certaine insensibilité pour prendre les élèves en otage et les priver d’école sans préavis et sans tenir compte que ceux-ci ont encore frais en mémoire l’annulation des classes pendant plusieurs mois l’année dernière en raison de la COVID-19. Peu de groupes ont été touchés plus durement par la pandémie que les élèves.

Cette stratégie est néanmoins compréhensible.

La responsabilité première d’un syndicat n’est pas d’obtenir la faveur de l’opinion publique, mais de défendre les intérêts de ses membres. Le fait d’être aimé ou méprisé par une partie de la population ne l’aidera en rien à la table des négociations.

Le calendrier a de plus joué un rôle important dans la prise de décision. Le premier ministre Blaine Higgs s’est engagé à utiliser tous les moyens à sa disposition afin d’empêcher la grève de s’étirer. Or, les travaux reprennent mardi à l’Assemblée législative. Les syndiqués n’ont donc pas beaucoup de temps devant eux pour marquer des points.

En débrayant le vendredi, ils donnent aussi au gouvernement la fin de semaine pour revenir à la table des négociations et trouver un compromis. En visant les écoles et, du même coup, des dizaines de milliers de parents et d’enfants, ils frappent un grand coup dans l’imaginaire de la population et forcent Fredericton à réagir. Ils démontrent aussi le sérieux de leurs intentions.

À ce sujet, il était risible d’entendre le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, demander au SCFP de lui donner un préavis pour permettre au système d’éducation de mieux se préparer. Ce syndicat a donné au printemps un ultimatum de 100 jours au gouvernement pour négocier une nouvelle entente!

La balle est maintenant dans le camp du premier ministre Blaine Higgs. Que fera-t-il?

Pour l’instant, sa stratégie se limite à exiger des syndiqués qu’ils capitulent en acceptant sa dernière offre et de ne pas faire la grève pendant la pandémie.

C’est rêver en couleurs de croire que ses demandes seront respectées. Certains de ces groupes de travailleurs sont sans convention collective depuis cinq ans. Nous sommes en pandémie depuis bientôt deux ans. Il est fort possible que cette dernière se poursuive pendant encore plusieurs mois, sinon des années.

Par ailleurs, le gouvernement réalise des surplus budgétaires parmi les plus importants de son histoire. Il choisit de les verser contre la dette provinciale. Les fonctionnaires estiment que leur tour est venu de passer à la caisse.

À ce moment-ci, deux scénarios se profilent à l’horizon.

Le gouvernement Higgs peut adopter une attitude moins belliqueuse et revenir à la table des négociations. Il peut aussi camper sur ses positions et forcer les travailleurs à mettre fin à leurs moyens de pression.

S’il mise sur la deuxième option, il sera intéressant de voir comment il s’y prendra. Il peut agir unilatéralement en utilisant la Loi sur les mesures d’urgence, laquelle est toujours en vigueur. Il peut aussi adopter une loi spéciale à l’Assemblée législative. Cela prendra toutefois plus de temps, puisque les partis d’opposition ne lui laisseront certainement pas le champ libre.

Nous croyons toutefois qu’il est possible de trouver un terrain d’entente satisfaisant pour les fonctionnaires et qui respectera la capacité de payer des contribuables.

Pour atteindre cet objectif, il faut toutefois se donner la peine d’essayer. Or, le gouvernement Higgs n’a jusqu’à maintenant pas montré de réelle volonté de négocier un terrain d’entente. Il demande aux syndiqués d’accepter ses offres, de ne pas débrayer ou d’en subir les conséquences.

Dans les circonstances, cette grève était inévitable. Elle n’est toutefois pas obligée de s’éterniser.

La place des élèves est dans une école. Parlez-vous. Mettez fin aux ultimatums. Négociez de bonne foi. Et trouvez un terrain d’entente.

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