Alors que le conflit de travail mettant aux prises le gouvernement provincial et une bonne partie de sa fonction publique s’intensifie, aucun groupe n’est plus durement touché que les élèves et, par extension, leurs parents et les enseignants. La fermeture des écoles ne doit pas durer. Et la meilleure façon d’y arriver de façon durable est un retour à la table des négociations.

Environ 22 000 fonctionnaires néo-brunswickois membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) sont en grève, en position de le faire ou sont désignés travailleurs essentiels. On les retrouve dans à peu près tous les secteurs: hôpitaux, écoles, collèges, prisons et bien plus encore.

Il est toutefois plus clair que jamais que la réussite ou l’échec du combat des syndiqués pour obtenir de meilleurs salaires se jouera dans les écoles.

Dans cette bataille, les élèves sont utilisés comme des pions et pris en otage.

Le SCFP a visé dès le départ les établissements scolaires parce qu’il sait que c’est la meilleure façon de faire plier le gouvernement rapidement.

Aucun hôpital n’a fermé ses portes. Plusieurs services fonctionnent au ralenti, mais cela a peu d’impact sur la majorité de la population. La fermeture des écoles, par contre, touche des dizaines de milliers d’enfants et de parents, mettant du même coup une pression énorme sur l’administration Higgs.

À l’inverse, la décision de passer à l’école virtuelle, c’est-à-dire de demander aux enfants de suivre leurs cours devant un écran d’ordinateur, fait une belle jambe à Fredericton. Normalement, dans un tel conflit, la pression sur le gouvernement grandit avec chaque jour de fermeture. Le spectre d’une annulation de l’année scolaire le forcerait à revenir à la table des négociations le plus rapidement possible.

Pas cette fois-ci! Avec l’enseignement à distance, le gouvernement Higgs peut donner l’illusion de sauver les meubles. Une recette qui lui permet de jouer la ligne dure pendant plus longtemps qu’il n’aurait pu le faire sans cet outil développé en raison de la pandémie.

Malgré les apparences, ceci n’est pas une critique des stratégies en cause. Personne ne fait rien d’illégal ou d’illégitime. Les syndiqués ont le droit de faire la grève. Ils ont le droit de cibler les écoles. Le gouvernement est de son côté justifié d’utiliser tous les outils à sa disposition, y compris l’enseignement à distance, pour essayer d’obtenir un rapport de force plus avantageux.

Entretemps, parents, élèves et enseignants sont les grands perdants de ce bras de fer. Un mouvement de boycottage des classes a vu le jour. Des parents se retrouvent dans une situation kafkaïenne: offrir un minimum d’éducation à leurs enfants devant un écran d’ordinateur… ou se faire accuser d’être des briseurs de grève, l’enseignement virtuel étant vu par certains comme n’étant rien d’autre qu’un outil politique pour nuire aux grévistes.

Sur cet enjeu, nous encourageons nos lecteurs à respecter les convictions de tout un chacun. Vous préférez amener votre enfant encourager les syndiqués à un piquet de grève afin de l’initier aux luttes ouvrières? Vous croyez plutôt que la place de votre rejeton est avec son enseignant? Dans un cas comme dans l’autre, vous ne devriez pas être jugé. Comme tout bon parent, faites ce que vous croyez être le mieux.

À long terme, cet affrontement finira néanmoins par avoir des conséquences catastrophiques sur la qualité de l’apprentissage offert.

Ceci n’est pas une dénonciation de la qualité du travail des enseignants. Ils font leur possible dans une situation impossible. Ils se retrouvent devant à peine le tiers ou le quart de leurs élèves, les autres étant dans l’impossibilité de participer pour diverses raisons (boycottage, garderies, deux parents sur le marché du travail, problèmes techniques, besoins spéciaux, etc.). Le personnel est limité dans ce qu’il peut accomplir.

L’école à la maison ne vaut pas l’enseignement en classe. Si ce conflit de travail persiste jusqu’à la fin de l’année scolaire, les conséquences en termes d’apprentissage et d’éducation se feront sentir à long terme. Cette situation ne peut pas persister pendant des semaines. Il faut un terrain d’entente.

La première étape consiste à reprendre les discussions. Le premier ministre Blaine Higgs rencontrera jeudi le président syndical Stephen Drost. Ils ont une obligation de résultat.

Ce conflit finira un jour par se régler. Le plus tôt sera le mieux. Trop de temps a déjà été perdu. Négociez et entendez-vous.

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