Le premier ministre Blaine Higgs, le président syndical Stephen Drost et leur entourage ont démontré jeudi soir qu’en s’y mettant avec sérieux, ils pourront trouver une issue à cette grève. Il n’aura malheureusement fallu que quelques heures pour détruire tout espoir d’un règlement rapide négocié.

Les deux partis se sont rencontrés jeudi. Les pourparlers ont été au-delà de nos espérances. Nous espérions, au mieux, que des balises seraient mises en place en prévision d’une reprise des négociations. Les discussions se sont finalement étalées sur une période de huit heures, au bout desquelles les deux camps se sont approchés d’un terrain d’entente.

Le fait qu’aucune déclaration n’ait eu lieu le soir même à la suite de cette séance de négociations pouvait être interprété comme un signe positif. Des compromis ont été faits de part et d’autre. Dans un tel scénario, le syndicat doit retourner consulter les autres négociateurs et représentants des membres afin de déterminer la suite des événements.

Tout s’est malheureusement écroulé vendredi matin. L’optimisme a de nouveau fait place aux menaces et aux coups de gueule.

Le premier ministre Blaine Higgs affirme qu’une entente avait été conclue. Celle-ci était toutefois conditionnelle au fait que les grévistes du milieu de la santé retournent au boulot sans tarder et quittent le piquet de grève.

Puisque cela ne s’est pas produit et que le syndicat est plutôt revenu avec une contre-offre, M. Higgs a privilégié la manière forte. Les employés du secteur de la santé doivent immédiatement mettre fin à leurs moyens de pression et reprendre leurs horaires de travail habituels. Des amendes salées sont prévues pour les récalcitrants et pour le Syndicat canadien de la fonction publique.

Mince consolation, le décret de retour forcé ne touche que les travailleurs de la santé et non les autres syndiqués qui peuvent ainsi poursuivre leurs moyens de pression.

Par ailleurs, le premier ministre a choisi d’imposer un décret plutôt que de faire adopter une loi spéciale à l’Assemblée législative. Cela est possible du fait que le gouvernement provincial a imposé l’état d’urgence, en vigueur depuis le 24 septembre, afin de renforcer les mesures visant à contenir la propagation de la COVID-19.

Est-ce la bonne décision? La réponse est plus complexe que ce que veulent vous faire croire les deux clans.

Le gouvernement provincial a la responsabilité de protéger l’intégrité de notre système de santé. Personne ne doit mourir en raison d’un conflit de travail.

Or, le premier ministre affirme justement qu’il existe un risque que des soins médicaux ne soient pas fournis et que des patients meurent si la grève se poursuit. Son propos a été appuyé par la PDG du Réseau de santé Vitalité, Dre France Desrosiers, qui a avancé que des chirurgies pour des personnes atteintes du cancer pourraient être repoussées en raison de la situation actuelle.

Cette situation et le fait que le réseau est déjà fragilisé en raison de la pandémie justifient de restreindre les droits fondamentaux de certains syndiqués.

Par contre, l’outil choisi n’est pas le bon. L’état d’urgence a été mis en place pour combattre la pandémie. Pas pour enlever le droit de grève à des employés. Il devrait aussi normalement être levé au début de la semaine prochaine, en raison de la diminution du nombre de patients hospitalisés. Cela enlève encore plus de légitimité à la stratégie gouvernementale.

Cette décision aurait dû faire l’objet d’un débat et de votes à l’Assemblée législative. Enlever le droit de grève à des travailleurs est un geste trop important pour le confier à la seule responsabilité d’un politicien, fut-il premier ministre.

Surtout, Blaine Higgs n’a pas fait la démonstration qu’il s’agissait du seul outil à sa disposition. C’est encore lui qui a choisi de rompre les négociations aussitôt que celles-ci ont cessé de progresser à son goût.

Sa frustration est néanmoins compréhensible. Pensez-y. Un désaccord à propos du régime de retraite d’un petit groupe d’employés (notamment les conducteurs d’autobus) a pour conséquence d’empêcher tout accord d’être signé. Résultat, quelque 20 000 fonctionnaires syndiqués sont toujours en grève.

Il est inacceptable que cet enjeu ait pour conséquence de causer autant de problèmes dans les hôpitaux.

Le gouvernement et le SCFP sont condamnés à s’entendre. Ils ont fait la démonstration jeudi soir qu’il existe une voie pour y arriver.

Il est dommage que les deux camps aient déjà choisi de s’en éloigner.

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