Quand on a quelque chose à cacher, on le cache. C’est vrai dans la vie. C’est vrai aussi en politique. Le rapport sur l’avenir des aéroports au Nouveau-Brunswick, dont plus de 90% des pages ont été censurées, entre dans cette catégorie. Rien ne justifie ce manque flagrant de transparence.

Le député libéral René Legacy a été président de l’Autorité aéroportuaire du nord du Nouveau-Brunswick, qui administre l’Aéroport régional

de Bathurst. Aussi, quand le premier ministre Blaine Higgs a laissé entendre un appui pour la fermeture ou la fusion de certains aéroports, il a voulu en savoir plus.

Tout ça remonte au dernier discours du Trône du gouvernement provincial, en novembre 2020. Le premier ministre y affirmait qu’il est temps de «s’interroger sérieusement» à propos du fait que l’aéroport d’Halifax enregistre chaque année un achalandage trois fois plus élevé que celui des aéroports de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean réunis.

M. Higgs n’avait pas été jusqu’à suggérer la fusion des aéroports du Grand Moncton, de Saint-Jean et de Fredericton, se contentant de s’interroger à savoir si «nous pouvons concentrer nos efforts». Ses déclarations face au succès de celui d’Halifax et celui de Bangor, au Maine, ont toutefois ajouté de l’eau au moulin de ceux qui rêvent d’un aéroport provincial unique.

Précisons par ailleurs que le transport aérien est de compétence fédérale. Les décisions reviennent à Ottawa, qui est propriétaire des infrastructures. Pas à Fredericton.

Le ministre fédéral Dominic LeBlanc avait été très clair à ce sujet dans les pages de l’Acadie Nouvelle et avait balayé du revers de la main l’idée de fermetures ou d’une fusion.

Cela n’a néanmoins pas découragé le gouvernement Higgs, qui a demandé une enquête portant sur le secteur aérien dans la province. Le député Legacy a voulu prendre connaissance de l’étude, des correspondances et de toutes autres informations sur le sujet. Le gouvernement lui a remis 1150 pages, dont 1050 étaient caviardées.

La loi permet à Fredericton de censurer certaines informations, notamment pour des raisons de confidentialité ainsi que pour protéger le secret des délibérations du Cabinet ou des renseignements personnels. Ces exceptions ne s’appliquent cependant pas à ce dossier. Les aéroports sont des entités publiques, dirigées par des conseils d’administration et qui doivent remettre un rapport annuel de leurs activités.

Il n’y a aucune bonne raison de garder secret le contenu d’un rapport payé par les fonds publics et portant sur l’avenir d’infrastructures cruciales. Que cache le gouvernement Higgs?

La ministre responsable, Jill Green, a indiqué que le rapport est à l’état de brouillon et qu’il sera dévoilé une fois achevé. Autres explications possibles: les recommandations qu’il contient ne font pas l’affaire du premier ministre ou sont jugées trop explosives.

Il faut comprendre qu’à la base, pour ce sujet comme pour bien d’autres (la gouvernance locale, notamment), l’intérêt de Blaine Higgs pour cet enjeu provient d’une insatisfaction née à Saint-Jean. L’aéroport situé dans la cité portuaire est moins important, compte moins de vols et accueille beaucoup moins de passagers que celui de Dieppe-Moncton.

S’il ne fallait qu’un seul aéroport d’importance au Nouveau-Brunswick, la logique voudrait qu’il soit dans le Grand Moncton, ce qui signifierait la fermeture de ceux de Saint-Jean et de Fredericton. Ce scénario ne fait pas l’affaire de tous. La communauté d’affaires et médiatique de Saint-Jean rêve donc plutôt d’un aéroport central situé à Sussex, à plus ou moins égale distance des trois grands centres du sud.

La même dynamique est à l’œuvre dans la Péninsule acadienne dans le dossier des hôpitaux. Tous sont en faveur du principe d’un hôpital régional. Cette belle unanimité disparaît toutefois au moment de déterminer s’il faut fermer les établissements hospitaliers de Tracadie, de Caraquet et de Lamèque.

On estime sans doute dans la capitale que certaines des informations caviardées feraient mal paraître Blaine Higgs si elles étaient rendues publiques. Il se peut par exemple que le rapport taille en pièces l’idée d’un aéroport central à Sussex et recommande de miser sur Dieppe-Moncton. Il n’est pas impossible aussi que parmi les pages censurées se trouvent des communications en provenance du bureau du premier ministre dans lequel celui-ci appuie l’idée de fermer certaines infrastructures.

Peu importe. Le premier ministre Higgs a lancé ce débat. Il a ordonné une étude sur le sujet. Il doit rendre public le contenu de celle-ci sans attendre plus longtemps.

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