La décision de la Ville de Bathurst de subventionner une équipe de hockey junior majeur est étonnante. Est-ce vraiment le rôle d’une municipalité d’utiliser les fonds publics pour maintenir en place une organisation non rentable et incapable de faire grandir sa clientèle?

Il y a trois ans, le Titan d’Acadie-Bathurst devenait la fierté de tout le Nouveau-Brunswick en remportant la Coupe Memorial. Les images de ce triomphe ainsi que du défilé et de la fête qui ont suivi à Bathurst seront longtemps gravées dans la mémoire des partisans.

Ce succès ne s’est malheureusement pas transposé dans les gradins au cours des années qui ont suivi. Les difficultés de l’équipe sur la glace et la pandémie ont fait mal aux finances de l’organisation, qui estime que ses pertes ont totalisé environ 1,2 million $ au cours des deux dernières saisons.

En juillet, le mot a commencé à circuler que le groupe de 11 propriétaires n’allait pas éponger ces pertes éternellement et qu’il pourrait se résoudre à vendre la franchise et la laisser déménager. La nouvelle mairesse de Bathurst, Kim Chamberlain, a pris la situation très au sérieux et s’est donnée comme mandat de sauver l’équipe.

Allons droit au but. Nous croyons que ce n’est pas le rôle des municipalités de subventionner les équipes de hockey.

La réalité n’est cependant pas aussi simple. Depuis toujours, les Villes trouvent des façons d’appuyer les équipes de hockey. Elles leur construisent des amphithéâtres, leur offrent du temps de glace et des locaux gratuits, leur accordent la majorité ou la totalité des revenus en provenance des loges et des concessions, etc.

L’outil privilégié par Bathurst – la subvention directe – est moins commun, mais pas inhabituel non plus. La Ville de Moncton a déjà versé 88 000$ par année au propriétaire des Wildcats, Robert Irving, pour compenser l’absence de loges au sein du vieux Colisée. Les Wildcats sont pourtant une organisation rentable, alors que M. Irving est un richissime homme d’affaires.

Plus près de Bathurst, la Ville de Campbellton est propriétaire des Tigres, une franchise de la Ligue de hockey des Maritimes. Elle verse de 50 000$ à 75 000$ annuellement dans les coffres de l’organisation, ce qui en fait son principal bâilleur de fonds. Des exemples comme ceux-là pullulent à travers le Canada et l’Amérique du Nord.

La décision de la Ville de Bathurst de subventionner le Titan fait néanmoins sourciller.

Voilà après tout une organisation qui a multiplié les signaux d’alarme depuis 15 ans. Elle n’a pas attiré une moyenne de 2500 spectateurs (ce qu’elle affirme être son seuil de rentabilité) depuis la saison 2002-2003.

Les multiples menaces de déménagement de son ancien propriétaire, Léo-Guy Morrissette, n’ont jamais convaincu les citoyens à se mobiliser et à se rendre en plus grand nombre au Centre régional K.-C. Irving. En 10 parties cette saison, malgré une équipe potable qui peut rêver aux grands honneurs et la présence de quelques vedettes, le Titan n’a attiré qu’une moyenne de 1574 spectateurs.

Par ailleurs, on peut difficilement imaginer d’autres entreprises qui pourraient convaincre les élus municipaux de subventionner leurs opérations de cette manière.

Les organisations de hockey, malgré tout leur prestige, ne génèrent pas tant de retombées économiques. Celles-ci et la visibilité qu’elles offrent sont grandement surévaluées.

Avez-vous planifié une visite cet hiver à Charlottetown ou à Sherbrooke, là où évoluent les deux équipes au sommet du classement de la LHJMQ? La victoire des Huskies de Rouyn-Noranda en Coupe Memorial en 2019 vous a-t-elle donné le goût de visiter l’Abitibi?

L’objectif n’est pas de dénoncer les choix budgétaires de Bathurst. La fierté, la qualité de vie et l’identité d’une municipalité sont des enjeux que les élus ne peuvent pas complètement ignorer. Par ailleurs, le conseil municipal craint sans doute d’être pris avec un gros éléphant blanc, dans l’éventualité où le Titan déserterait le Centre régional K.-C. Irving.

C’est à la LHJMQ de changer un modèle d’affaires où une poignée de gros marchés engrangent les profits pendant que plusieurs autres vivotent. La présence (par téléconférence) du commissaire Gilles Courteau à la conférence de presse de Bathurst, mardi, démontre toutefois qu’il préfère de loin voir les contribuables maintenir à flot les équipes en difficultés financières que de s’attaquer avec sérieux à ce problème structurel qui mine son circuit.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle