Daniel Allain avait promis une réforme majeure, historique même. Il a tenu parole. Si le ministre réussit à mettre en œuvre tout ce qu’il a annoncé, nous parlerons encore de sa réforme de la gouvernance locale dans plusieurs décennies. Avec l’appui du premier ministre Blaine Higgs, il est en train de réaliser ce que personne d’autre n’a eu le courage d’accomplir depuis Louis J. Robichaud.

Le chantier est gigantesque et nous aurons amplement le temps dans les prochains jours et semaines de revenir sur les ajustements (Saint-Quentin et Kedgwick ne seront pas regroupées en une seule entité? Vraiment?) et les améliorations à apporter à son plan.

Ne laissons toutefois pas l’arbre cacher la forêt. Ce qu’est en train de réussir le ministre Allain est courageux, encore plus dans un contexte où le gouvernement éprouve des difficultés et connaît une forte baisse de sa popularité.

Depuis la fusion d’Edmundston et des environs, les gouvernements, autant progressistes-conservateurs que libéraux, se sont engagés à ne pas imposer de regroupements forcés. Tous savaient pourtant ce qui devait être fait, mais sans avoir le courage d’agir. Le gouvernement Higgs vient de briser ce cycle.

Combien de fois avons-nous entendu des citoyens promouvoir l’idée d’un regroupement dans leur municipalité, en affirmant qu’«il faut s’organiser entre nous avant de se faire organiser par le gouvernement?» C’est finalement ce qui va arriver. Cela aura un impact positif sur les générations futures.

Il y aura des dizaines de fusions. Elles auront lieu de gré ou de force. Les personnes opposées aux regroupements et qui affirment depuis jeudi vouloir discuter avec le ministre afin de le convaincre de reculer risquent de subir une amère déception.

Une analyse du livre blanc dévoilé jeudi montre qu’un travail sérieux a été fait afin de regrouper des municipalités tout en respectant les communautés d’intérêts, autant géographiques que linguistiques. À quelques exceptions près, le ministre a voulu éviter d’engloutir des communautés homogènes francophones dans un grand ensemble anglophone.

Nous remarquons aussi que la plupart des fusions permettront de renforcer les centres urbains déjà existants. Pour une ville comme Campbellton, par exemple, le fait de s’unir avec Atholville, un village connexe dont le taux de taxation moins élevé lui a permis d’accueillir les magasins à grande surface et qui refuse de participer financièrement aux opérations du Centre civique Memorial, il s’agit d’un tournant.

Par ailleurs, unir 10 ou 20 DSL ne contribuera pas nécessairement à renforcer une région. Par contre, regrouper certains d’entre eux avec une ville afin d’en faire une entité plus populeuse, plus prospère et partager le coût des infrastructures est exactement ce qu’il faut faire. C’est la voie privilégiée par le ministre et nous nous en réjouissons.

En prime, le gouvernement règle enfin l’épineuse question de l’entretien des routes rurales. Fredericton conservera cette responsabilité. Un soulagement énorme, notamment à Tracadie, où cet enjeu menaçait la viabilité de la municipalité régionale.

Plus intéressant encore est le fait que les premières réactions au livre blanc sont généralement positives. C’est la preuve que le monde municipal et même celui des DSL étaient prêts depuis longtemps à accepter une réforme de cette envergure.

La plupart des critiques entendues proviennent de gens qui auraient voulu que le gouvernement aille plus loin ou qui ne sont pas satisfaits des limites des nouvelles entités.

Bien que certains s’opposent à toute forme de regroupement, y compris pour des raisons légitimes, nous ne parlons pas d’une résistance majeure. Le gouvernement Higgs ne fera pas face à une crise politique.

Il faut dire que plus d’une année de préparations et de consultations a permis au ministre Allain de bien saisir les attentes et d’éviter les pièges. Cela lui donne aujourd’hui toute la liberté requise pour mener son projet à terme, y compris dans les communautés où la contestation sera plus vive.

Il manque un élément clef dans la réforme: le financement. Le ministre a promis des changements concernant le système de péréquation et la taxe foncière.

Ce n’est toutefois pas une mauvaise chose qu’il se donne encore un peu de temps avant de dévoiler ses intentions. Il est sage de sa part d’y aller une grande bouchée à la fois afin de laisser les gens comprendre et apprivoiser les changements à venir, avant de présenter la deuxième partie de la réforme.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle