Le gouvernement Higgs avait promis le dévoilement de deux réformes la semaine dernière. Malgré les apparences, il n’en a livré qu’une seule, soit celle de la gouvernance locale. De son côté, le document présenté par la ministre de la Santé, Dorothy Shephard, tient plus de l’énoncé d’intentions que des grands changements générationnels.

À la décharge de Mme Shephard, elle savait que son plan serait d’abord évalué par rapport à la promesse du premier ministre Blaine Higgs de ne pas fusionner les régies Vitalité et Horizon ainsi que de ne pas fermer d’hôpitaux ni de services d’urgence (de nuit ou complètement). De ce côté-là, c’est mission accomplie. Le gouvernement a tenu parole.

Les premières réactions, à la suite du dévoilement du plan, ont donc surtout pris la forme d’un grand soupir de soulagement, en particulier dans les communautés rurales qui abritent un hôpital.

On y trouve quelques idées intéressantes, comme la volonté de Fredericton de faire une utilisation accrue des technologies. La pandémie a changé les comportements à cet égard. Avant celle-ci, l’idée de parler à un médecin sans d’abord poireauter dans une salle d’attente était considérée comme une hérésie. Il est désormais possible d’attendre l’appel du médecin dans le confort de son foyer.

Nous croyons aussi que la création d’un programme qui permettra aux patients orphelins d’obtenir un rendez-vous avec un médecin ou une infirmière praticienne qui se sera rendu disponible est prometteuse.

De plus, le plan de la ministre prévoit de permettre aux gens de prendre rendez-vous en ligne, en prévision d’une prise de sang par exemple. Pensez-y. Il est possible d’acheter par internet un billet de spectacle ou de réserver la place de votre petit dernier dans un cours de natation. Mais quand vient le moment de planifier un rendez-vous médical, tout cela relève de la science-fiction. Plus pour longtemps, si on en croit le document.

Le gouvernement se donne des objectifs, notamment en termes de réduction du temps d’attente pour les chirurgies ainsi que pour les soins en toxicomanie et en santé mentale. Le tout accompagné d’un calendrier qui permettra de juger des progrès accomplis.

Il n’y a toutefois rien là-dedans de révolutionnaire. La plupart des initiatives proposées peuvent très bien être mises en vigueur sans faire partie d’un plan officiel au nom pompeux (Stabilisation des soins de santé: Un appel à l’action urgent).

Cette réforme n’en est pas une. Il s’agit d’un résumé d’intentions parfois précises et souvent plutôt vagues. Ainsi, la ministre présente quelques solutions concernant la pénurie de main-d’œuvre, qui est la principale crise qui menace la viabilité du système de santé. Mais encore une fois, rien qui n’aurait pu être annoncé dans un communiqué de presse un vendredi après-midi.

Il n’est pas impossible que le gouvernement Higgs ait voulu cacher ses véritables intentions en se contentant de présenter des objectifs vagues à souhait afin d’éviter de subir la colère de la population.

La réforme prévoit par exemple la création d’un réseau d’excellence, d’une plus grande collaboration entre les différentes régies, etc. Le tout sera supervisé par un groupe de travail qui veillera à la mise en œuvre de la stratégie. Cela peut laisser croire que des changements importants pourraient survenir, mais qu’ils ne sont pas clairement indiqués dans le plan ou alors qu’ils sont bien maquillés dans un langage bureaucratique.

Par ailleurs, la ministre Shephard nous a réservé une surprise de taille. Le gouvernement a annoncé son intention de faire appel à ce qu’il nomme pudiquement des «fournisseurs de soins non traditionnels». Cela comprend des réflexologues et des coachs de vie.

On retrouve de tout dans cette catégorie, y compris des gens qui prétendent guérir des maladies avec des massages aux pieds, avec des bols tibétains, avec des «pierres d’énergie» de même qu’avec le pouvoir du positivisme. Plusieurs font carrément dans la désinformation, par exemple en promouvant des produits naturels au détriment de la vaccination.

Ils ont gagné en popularité ces dernières années grâce aux médias sociaux et peuvent même jouer un rôle positif dans la vie de certaines personnes. Tant mieux pour ceux et celles qui, grâce à l’effet placebo, se sentent mieux à la suite de ces traitements.

Qu’un document officiel gouvernemental sérieux accorde de l’importance et de la légitimité à ces professions non réglementées dépasse toutefois l’entendement. C’est irresponsable. La ministre a le devoir de reculer.

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