La décision du gouvernement provincial de permettre la vente de cannabis dans des magasins privés est la bonne, tant du point de vue des contribuables que pour faire concurrence au marché noir.

Le ministre des Finances, Ernie Steeves, nous a réservé une surprise, lundi, à l’Assemblée législative. La vente de pot ne sera bientôt plus uniquement l’apanage des succursales de Cannabis NB. Des entreprises pourront gérer de petits magasins franchisés. Autre bonne nouvelle, les producteurs de cannabis auront le droit de vendre leur produit à leur ferme ou usine.

En ce sens, cela rappelle, à quelques nuances près, le système en place pour la vente d’alcool dans notre province, avec Alcool NB au sommet de la pyramide, des points de vente privés un peu partout sur le territoire (y compris dans de petites communautés) de même que des brasseurs et microbrasseurs qui vendent leur bière sur les lieux de production.

Il peut paraître étrange de voir une administration publique favoriser la croissance du marché de ce qui est après tout une drogue. Cela dit, la vente de celle-ci a été légalisée partout au Canada en 2018. Il est temps pour le gouvernement de traiter les Néo-Brunswickois comme des adultes et de cesser d’agir comme s’il était le seul à pouvoir entreposer et vendre ce produit de façon sécuritaire.

En créant une société de la Couronne et un réseau de succursales, le précédent gouvernement libéral, dirigé par Brian Gallant, a mis sur pied un réseau lourd et coûteux, certes, mais qui a fini par produire des millions de dollars en redevances au trésor public.

Ces nouveaux profits sont si importants (un bénéfice record de 3,5 millions $ dans le seul premier trimestre de 2021-2022) que le gouvernement Higgs a abandonné son projet de privatisation auquel il tenait pourtant énormément.

Le ministre Steeves était l’un de ceux qui ont poussé le plus fort, autant au Cabinet que publiquement, afin de privatiser Cannabis NB. En décentralisant quelque peu la vente de pot, il remporte en quelque sorte un prix de consolation. Cela ne signifie pas que sa décision n’est pas la bonne.

Le principal problème de Cannabis NB, outre sa structure de coûts qui la force à vendre sa marchandise plus cher que sur le marché noir, est le fait qu’on ne retrouve généralement qu’une ou deux succursales par région.

La Péninsule acadienne est un cas d’espèce. L’unique succursale se situe à Tracadie. La majorité des citoyens du secteur doivent donc rouler 30 minutes, sinon plus, pour y faire leurs achats. Une situation qui profite aux vendeurs illégaux.

L’apparition d’établissements indépendants devrait normalement améliorer l’offre dans les régions rurales, qui sont les plus mal desservies par le système actuel. Cela permettra d’augmenter les revenus dans les coffres de la province et de nuire au commerce illégal, y compris les dispensaires qui ont proliféré en marge de la loi.

Nous sommes satisfaits de voir le gouvernement Higgs privilégier une approche pragmatique dans ce dossier.

À la base, la droite entretient une relation difficile avec tout ce qui touche la légalisation des drogues douces. Rappelez-vous les déclarations apocalyptiques des députés conservateurs fédéraux Gérard Deltel et Jacques Gourde, qui avaient prédit les pires calamités à la suite de l’initiative du gouvernement Trudeau. Le premier avait été jusqu’à s’habiller tout en noir, au moment de la légalisation, afin de dénoncer ce qu’il qualifiait de «jour sombre» dans l’histoire du Canada. Il avait soutenu que le cannabis est «une porte d’entrée pour les drogues dures».

À Fredericton, les progressistes-conservateurs n’étaient pas tombés dans l’enflure ni dans le populisme, se contentant surtout de mettre en doute le modèle d’affaires privilégié par le gouvernement Gallant.

Ils ont finalement fini par l’adopter, mais sans se sentir obligés de le maintenir intégralement. Ainsi, aucune succursale de Cannabis NB ne fermera ses portes. Par contre, en misant sur le privé pour couvrir le territoire, le gouvernement provincial s’assurera de mieux répondre à la demande, en particulier dans les régions rurales, tout en évitant de payer des frais importants de démarrage, de loyer, etc. Cela permettra à la province d’améliorer l’offre de façon sécuritaire et responsable, sans que cela se fasse au détriment des contribuables.

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