Le gouvernement provincial a mis en place depuis samedi soir une nouvelle stratégie hivernale contre la COVID-19. Si celle-ci était nécessaire et n’a que trop tardé, elle ne sera sans doute pas suffisante pour empêcher la situation sanitaire de se détériorer après les Fêtes.

Le Nouveau-Brunswick est l’équivalent d’un automobiliste qui fonce à toute allure vers un mur. Plutôt que d’écraser les freins, il mise sur une réduction de la limite de vitesse pour éviter le pire.

Le gouvernement Higgs a longtemps été un modèle dans sa façon de lutter contre la COVID-19. Pendant la deuxième année de la pandémie, il est toutefois passé d’ultra-interventionniste à témoin silencieux, quand il a choisi de s’inspirer du laisser-faire albertain.

À compter d’août, le nombre quotidien de nouveaux cas s’est mis à s’accélérer et le gouvernement a trop tardé à réagir. La politique a pris le dessus sur la Santé publique. Une insouciance qui se résume, encore aujourd’hui, par cette vidéo exceptionnelle où on peut voir le premier ministre Blaine Higgs, la médecin-hygiéniste Dre Jennifer Russell, le ministre de l’Éducation Dominic Cardy et le chef du Parti vert David Coon danser sans masque ni distanciation sur une scène à Fredericton, lors de la fête du Nouveau-Brunswick (le chef libéral intérimaire Roger Melanson était l’une des rares personnes portant le masque ce jour-là et avait refusé l’invitation de joindre les «danseurs»).

Le message était clair: la pandémie était terminée. Elle ne l’était malheureusement pas. Le Nouveau-Brunswick a depuis découvert à la dure que quand le nombre de cas explose, il est extrêmement difficile, voire impossible de le ramener à zéro.

En fin de semaine, pas moins de 195 nouveaux cas de COVID-19 ont été diagnostiqués au Nouveau-Brunswick. Ce n’est sans doute rien par rapport à ce qui nous attend après Noël.

Rappelez-vous décembre 2020. Le Nouveau-Brunswick ne comptait en moyenne que trois  cas par jour. Au 25 décembre, la province ne comptait que 43 cas actifs. Le réveil après les Fêtes a été brutal, et ce, même si les restrictions étaient plus sévères qu’elles le seront ce Noël. Du 25 décembre 2020 au 6 janvier 2021, le nombre de cas actifs a doublé et presque triplé. La hausse du nombre de personnes atteintes a été telle que des régions entières ont dû être confinées pour éviter l’effondrement du système de santé.

Il faut dire que la précédente stratégie gouvernementale a rapidement montré ses limites, avec notamment son système de couleurs. La règle des “mêmes 20” était inutilement compliquée, mal comprise et peu ou pas respectée par une majorité de la population. Elle a été remplacée par une directive plus simple: pas plus de 20 personnes chez vous en même temps.

Le Nouveau-Brunswick fait toutefois face à un autre problème: l’apathie générale de citoyens qui ne se gênent plus pour ignorer les règles souvent changeantes et mal communiquées par le gouvernement Higgs et la Santé publique.

Cela avait poussé le mois dernier la ministre de la Santé, Dorothy Shephard, à déclarer que trop de gens dans la région de Moncton (alors visée par des mesures coupe-circuits) ignoraient les limites de rassemblements. Elle avait encouragé les citoyens à dénoncer ceux qui faisaient fi des règles.

Une semaine plus tard, la ministre baissait les bras et abandonnait la stratégie des coupe-circuits, et ce, malgré l’absence de progrès.

Cela nous amène à un autre problème: l’apathie du gouvernement Higgs lui-même.

Il a fallu des semaines de pression, de la part de l’opposition et dans les médias, avant qu’il ne se décide à pondre un nouveau plan à temps pour Noël et le jour de l’An. Celui-ci mise sur la bonne volonté de la population, aucune mesure particulière n’ayant été prise pour assurer le respect des nouvelles règles ou même pour mieux les faire connaître.

La seule stratégie qui aurait un impact véritable consisterait à imposer un confinement sévère dans toutes les régions où le nombre de cas quotidiens dépasse un certain seuil.

Le gouvernement Higgs n’ira toutefois pas dans cette direction. D’abord, parce qu’une telle mesure ne serait pas tolérée par les quelque 80% de Néo-Brunswickois qui sont double (et parfois même triple) vaccinés. Aussi, parce que s’il n’a jamais hésité à imposer des mesures draconiennes dans les régions rurales du Nord, il est beaucoup plus hésitant à le faire dans les principaux centres urbains du Sud.

Le plan Shephard contre la COVID-19 comprend de bonnes mesures. Mises ensemble, elles ne suffiront cependant pas à réduire la virulence de la vague qui nous frappera dès janvier.

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