En critiquant l’utilisation du français par le chef de l’opposition libérale, Roger Melanson, à l’Assemblée législative, Blaine Higgs a encore une fois été trop loin. Il doit s’excuser et retirer ses propos.

Les dernières semaines ont été difficiles pour le premier ministre. Entre la pandémie qui est en train de devenir hors de contrôle en raison de ses propres hésitations cet été, la grève des fonctionnaires et son niveau de popularité qui est à son plus bas, M. Higgs vit des moments parmi les plus difficiles depuis son accession au pouvoir.

Le chef libéral par intérim, Roger Melanson, était en train de le cuisiner durant la période des questions, jeudi, à propos de ses déclarations confuses concernant des éclosions de COVID-19 dans les hôpitaux, quand le chef progressiste-conservateur est passé à l’attaque.

Blaine Higgs a dénoncé le fait que M. Melanson change de langue (c’est-à-dire qu’il passe de l’anglais au français) pour changer le «narrative».

Le mot anglais narrative se traduit difficilement. En fait, il n’y a pas de traduction littérale parfaite. Dans le contexte où il a été utilisé, il laisse croire que M. Higgs estime que M. Melanson utilise la langue pour donner à ses propos une autre interprétation ou couleur.

N’ayant pas accès aux pensées du chef du gouvernement, nous ne pouvons pas savoir exactement ce qu’il a voulu dire. Par contre, ce qu’il a dans les faits sous-entendu est clair comme de l’eau de roche. Quand le chef de l’opposition parle en français à l’Assemblée législative, cela n’a pas la même neutralité que quand il parle l’unique langue comprise par Blaine Higgs: l’anglais.

En tant que premier ministre, Blaine Higgs n’a pas à critiquer directement ou indirectement le fait qu’un autre député parle la langue de Molière à l’Assemblée législative. Il ne doit même pas faire de commentaires là-dessus. Ce genre de déclarations, peu importe ce qu’il avait en tête, sont inacceptables.

Nous sommes particulièrement déçus que les deux ministres d’origine acadienne du gouvernement Higgs, Daniel Allain et Glen Savoie, n’ont pas jugé bon contredire leur chef. Autant M. Allain impressionne dans sa volonté de réformer la gouvernance locale, autant il fait montre de faiblesse quand le gouvernement dépasse les bornes dans des situations comme celle-ci.

Qu’a-t-il bien pu se produire pour que Blaine Higgs s’échappe de cette manière?

L’Assemblée législative est le seul endroit où des gens s’adressent régulièrement en français en sa présence. Il n’est pas impossible que cela le chicote.

D’ailleurs, la plupart des échanges à la période des questions de la veille avaient eu lieu en français, ce qui est une rareté. Le hasard a en effet voulu que les interventions de députés acadiens de l’opposition ont surtout été dirigées à l’endroit des ministres Allain et Dominic Cardy, qui se font généralement un devoir de répondre dans la même langue que celle de leur interlocuteur.

Nous ne pouvons pas non plus évacuer la possibilité que Blaine Higgs attise les braises linguistiques à des fins politiques. Il n’a pas hésité par le passé à donner des os à ronger à ses militants opposés aux droits linguistiques. Alors que les libéraux devancent les progressistes-conservateurs dans les intentions de vote, la déclaration malheureuse de M. Higgs peut être interprétée comme un rappel à cette frange de l’électorat que le chef libéral parle français… et que c’est une raison suffisante pour s’en méfier.

Blaine Higgs traîne derrière lui un lourd passé. Il s’est battu pour faire de l’anglais l’unique langue commune du Nouveau-Brunswick. Il a voulu diriger le parti CoR, opposé au bilinguisme officiel. À peine devenu premier ministre, il s’est allié avec un autre parti bâti sur l’intolérance, la People’s Alliance, et a tenté d’éliminer des exigences linguistiques auxquelles Ambulance NB est soumise.

Tout cela lui a fait perdre le privilège de mériter le bénéfice du doute à propos des enjeux linguistiques. Sa condescendance et le fait qu’il laisse croire que parler français à la législature relève d’une tactique ou d’une stratégie politique à dénoncer et non d’un droit fondamental sont indignes d’un premier ministre.

Nous attendons d’un leader qu’il soit rassembleur plutôt que d’utiliser la langue comme outil de division. Des excuses et une rétractation sont de mise. Elles ne viendront pas.

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