Nombreux sont les politiciens qui ont fait campagne en promettant du changement. Peu ont ensuite livré la marchandise comme l’a fait cette année le ministre de la Gouvernance locale et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain.

L’Acadie Nouvelle cible chaque année une personne qui a marqué l’actualité, et ce, depuis la fin des années 1990. Des politiciens, des artistes, des gens d’affaires et de simples citoyens ont reçu le titre de personnalité médiatique de l’année au cours des années. L’équipe éditoriale du journal, celle des affaires publiques de même que les journalistes de la rédaction sont consultés.

Tout comme en 2020 avec la Dre Jennifer Russell, le choix de Daniel Allain en tant que Personnalité de l’année 2021 de l’Acadie Nouvelle a rapidement fait consensus. Dans une année où la pandémie a redoublé d’intensité, c’est une réforme qui n’a rien à voir avec la COVID-19 qui aura le plus d’effets à long terme sur les Néo-Brunswickois.

Le ministre Allain a déposé ce qui s’annonce comme étant la plus importante réforme depuis Chances égales pour tous. Il a annoncé sa volonté de fusionner des centaines de villes, de villages et de districts de services locaux, l’objectif étant de créer de nouvelles municipalités ou districts ruraux plus viables, plus populeux et avec une assiette fiscale plus importante.

Le livre blanc ne s’est pas écrit tout seul. Le ministre s’est rendu dans les communautés afin de connaître leurs attentes, mais aussi mettre au clair ses intentions.

Le plus extraordinaire est l’accueil qui a été accordé à sa vision. Normalement, une réforme d’une telle ampleur est reçue avec beaucoup d’opposition. La résistance de la part des adeptes du statu quo devrait suffire à ébranler le gouvernement, sinon à le faire reculer. Il n’en est rien.

Il s’agit peut-être là de la plus grande victoire de Daniel Allain, à tout le moins sa plus impressionnante. Une forte majorité de citoyens ont embarqué dans son projet. Des communautés historiquement hostiles à toute forme de regroupement se sont plaintes non pas d’être fusionnées, mais plutôt du fait de joindre telle entité plutôt que telle autre.

M. Allain l’a compris, lui qui a déjà déposé des amendements à sa réforme. Des communautés comme Richibucto, Saint-Louis-de-Kent, Rivière-Verte et Baie-Sainte-Anne ont été entendues. Les résistants (Atholville, Lac-Baker, Minto, Sackville…) sont peu nombreux et isolés.

La prochaine année sera toutefois encore plus importante, autant pour le ministre que pour les nouvelles entités municipales, alors que sera déposée la deuxième partie de la réforme, c’est-à-dire son cadre financier.

Les attentes et les besoins financiers des plus grandes cités ne sont pas les mêmes que celles des communautés en milieu rural. Dans le Triangle d’or (Moncton, Saint-Jean et Fredericton), le ministre subit des pressions pour déléguer plus de responsabilités, le tout accompagné de nouveaux pouvoirs de taxation.

Cela risque d’accentuer le déséquilibre avec les régions rurales. Nous en avons déjà droit à un avant-goût avec la promotion touristique. Le gouvernement Higgs a choisi d’abandonner cette responsabilité aux régions. Or, une taxe hôtelière rapporte beaucoup plus à Moncton que dans le Restigouche…

Les cités souhaitent aussi plus de latitude au niveau de la taxation afin de pouvoir offrir des taux préférentiels aux entreprises. Cela mettrait les régions en concurrence les unes contre les autres, avec la possibilité de voir les communautés les mieux nanties se transformer en miniparadis fiscaux. Cela nous ramènerait à l’avant-Chances égales pour tous, quand Irving menaçait de déménager ses usines d’un comté à l’autre s’il n’obtenait pas le taux de taxe foncière désiré. À ce petit jeu, les régions rurales acadiennes sortiraient perdantes.

Les grands centres urbains espèrent par ailleurs conserver une plus grande part de leurs revenus. Cela se fera-t-il au détriment des régions rurales?

Daniel Allain a lancé un grand chantier. Ce sont néanmoins ses décisions à venir qui nous permettront de trancher à savoir si le monde municipal néo-brunswickois sortira grandi de sa réforme ou si celle-ci fera plutôt des gagnants parmi les plus privilégiés et des perdants partout ailleurs.

La bonne nouvelle est que M. Allain a jusqu’à maintenant évité les pièges qui se dressaient devant lui. Il devra continuer sur cette lancée l’an prochain, pour éviter que de Personnalité de l’année 2021, il ne devienne persona non grata en 2022, et que les espoirs d’aujourd’hui ne mènent à des lendemains amers.

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