Blaine Higgs a reconnu la semaine dernière avoir abandonné ses cours de français. Malheureusement, il n’y a pas qu’avec l’apprentissage d’une langue seconde que le premier ministre a baissé les bras. La même chose peut être dite en ce qui a trait à la lutte contre la COVID-19.

D’abord, une nuance. Le variant Omicron cause des ravages dans toutes les provinces et territoires. Tous les gouvernements et bureaux de Santé publique ont commis des erreurs.

Néanmoins, le Nouveau-Brunswick se distingue du fait que ses décideurs semblent avoir abandonné la lutte. Alors que la crise est à son apogée (record d’hospitalisations ainsi que de cas actifs), le gouvernement n’a aucun plan pour la freiner, si ce n’est que se fier sur la bonne volonté de la population.

Pendant des mois, Fredericton a imposé des restrictions parmi les plus sévères au Canada, allant même jusqu’à fermer nos frontières avec le Québec.

Par contre, depuis ce fameux jour de juillet où le gouvernement Higgs a levé toutes les restrictions en citant l’exemple de l’Alberta, le virage a été complet. Même la hausse stratosphérique du nombre de nouveaux cas de COVID-19 et celle, plus récente, du nombre d’hospitalisations, ne le convainc pas d’agir.

Pire, il y a abdication de responsabilité. Les autorités provinciales reconnaissent la gravité de la situation, mais font le choix conscient et public de ne rien faire de plus. La ministre de la Santé, Dorothy Shephard, en a fait la démonstration le mois dernier, en admettant ne pas avoir voulu resserrer les mesures avant Noël parce qu’elle croit que celles-ci auraient été trop impopulaires.

La ministre en a ajouté une autre couche, jeudi, en rejetant l’idée de serrer la vis aux non-vaccinés, pourtant responsable de la plupart des hospitalisations qui mettent à mal notre système de santé. Au Québec, le passeport vaccinal est maintenant obligatoire pour se rendre dans les succursales de vente d’alcool et de cannabis. Cela a provoqué une recrudescence du nombre de personnes ayant décidé de se faire vacciner. Pourtant, l’idée a été rejetée d’emblée par le gouvernement du N.-B.

Tout cela met Blaine Higgs en phase avec les premiers ministres les plus idéologues et les plus à droite, pour qui toute tentative de forcer la main aux personnes non immunisées est mal vue. Le Parti conservateur fédéral est entré dans cette danse récemment, quand son chef Erin O’Toole a appelé le gouvernement Trudeau à accommoder les non vaccinés et à cesser de «normaliser les confinements».

Le tout est accompagné d’une bonne dose d’amateurisme. Les règles sanitaires changent régulièrement et diffèrent parfois selon la langue dans laquelle elles sont présentées, si bien qu’une chatte en perdrait ses petits. Le gouvernement Higgs peine à les expliquer et encore plus à les justifier.

La stratégie de dépistage est en train de virer au fiasco. Nous sommes passés en l’espace de quelques jours à un dépistage de tous les cas à une situation où les gens étaient invités à se tester eux-mêmes avec des tests de dépistage rapide et à partager eux-mêmes le résultat sur un site gouvernemental.

Puis, soudainement, avec une journée seulement de préavis, le gouvernement a fortement restreint l’accès aux tests rapides. Il faut désormais prendre un rendez-vous et démontrer qu’on a des symptômes de la maladie pour en obtenir un, et ce, alors que le gouvernement fédéral s’apprête pourtant à fournir des centaines de milliers d’autres tests.

Résultat, la Santé publique n’a plus la moindre idée de l’ampleur de la propagation de la maladie. Le gouvernement refuse aussi de partager le nombre de tests PCR positifs effectués dans ses centres de dépistage.

La seule statistique fiable est désormais le nombre d’hospitalisations. Or, ça ne va pas bien sur ce front. De fortes hausses sont enregistrées un peu partout. De nouveaux sommets sont atteints, et ce, alors qu’un grand nombre d’employés de la santé sont en congé forcé en raison de la COVID-19.

Résumons. La pandémie est hors de contrôle. Toutes les régions sont désormais touchées, notamment en raison du refus de confiner les régions de Fredericton et de Saint-Jean, où Omicron a d’abord sévi. Le nombre de nouveaux cas explose. La Santé publique est dans le brouillard à savoir à quel point c’est le cas. Alors que les hôpitaux sont sous pression, aucune mesure particulière n’est prévue pour limiter la propagation du virus ou empêcher les antivax d’encombrer nos hôpitaux.

Il y a eu 12 décès dans les neuf premiers jours de janvier, 35 en décembre et 58 en octobre. Cela représente en moyenne un mort par jour depuis le 1er septembre 2021. Des données non fiables et le manque de volonté politique forment ensemble un cocktail dont les conséquences sont dramatiques.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle