Pandémie ou pas, la priorité du gouvernement Higgs continue d’être le contrôle des finances publiques. L’objectif est de dégager le surplus budgétaire le plus important possible, et cela se fait aux dépens des personnes les plus vulnérables.

Dans un éditorial publié pas plus tard que samedi, nous avons écrit qu’alors que le Nouveau-Brunswick est frappé plus durement que jamais par la COVID-19, nous avons désespérément besoin d’un gouvernement moins comptable et plus humain.

La pandémie frappe en effet de façon disproportionnée les plus démunis. En cette période incertaine, ils ont besoin de plus d’aide du gouvernement. Pas d’être les victimes de nouvelles compressions budgétaires.

Malheureusement, c’était rêver en couleurs.

Fredericton a depuis confirmé à l’Acadie Nouvelle qu’il mettait fin au programme d’aide pour l’énergie domestique, lequel donnait droit à 100$ par an aux familles ayant un revenu inférieur à 30 000$. Environ 35 000 familles profitaient de l’initiative chaque année.

Il ne s’agit pas d’un programme particulièrement généreux. N’importe qui ayant passé un hiver au Nouveau-Brunswick sait à quel point les factures d’électricité tendent à exploser à ce temps-ci de l’année. Un chèque unique de 100$ ne suffit pas. Néanmoins, l’aide était appréciée et donnait à un moment crucial un petit coup de pouce financier à nombre de familles qui en ont bien besoin.

Le programme coûtait autour de 3,5 millions $ par année aux contribuables. Un montant qui semble élevé, mais qui représente une infime partie de l’ensemble des dépenses provinciales. À titre comparatif, le gouvernement Higgs a annoncé l’automne dernier qu’il injectera 10 millions $ dans la création de l’Institut McKenna de l’Université du Nouveau-Brunswick. Fondé par l’ex-premier ministre Frank McKenna, qui y investit 5 millions $ de sa poche, l’institut sera axé sur les nouvelles technologies.

Nous l’avons écrit souvent en éditorial: en politique, tout est une question de priorités. Si le gouvernement Higgs peut trouver sans aucun problème 10 millions $ pour un institut universitaire, mais qu’il n’a pas 3 millions $ pour aider les personnes dans le besoin à payer leurs factures d’électricité l’hiver, c’est parce qu’il en a fait le choix.

Un choix voulu et assumé.

C’est sans compter l’ironie de voir le gouvernement mettre fin à ce programme simple et efficace alors que le nord du N.-B. vit une vague de grand froid et que la demande en électricité atteint des sommets.

Le ministère du Développement social s’est justifié en mettant de l’avant le fait qu’il existe d’autres solutions de rechange, dont certaines offertes par le gouvernement fédéral. C’est véridique, mais là n’est pas le point. Ce n’est pas comme si le soutien déjà existant avait suffi à éradiquer la pauvreté et que le programme d’aide pour l’énergie domestique était superflu.

Il fait froid, avec les conséquences humaines que cela suppose. Pendant ce temps, le coût de l’électricité augmente sans cesse. Énergie NB a fait grimper ses tarifs chaque année depuis 2013, pour une hausse cumulative de 13% (1,9% en 2021) et prévoit des augmentations annuelles de 1,5% à 2% à court et à moyen terme.

La décision de cesser d’émettre des chèques de 100$ à une partie de la clientèle d’Énergie NB n’a pas été prise dans une perspective de réviser les besoins de cette tranche de la population.

Il s’agit plutôt d’une compression effectuée dans l’unique but d’augmenter un peu plus le surplus budgétaire de la province. Un excédent qui a dépassé les 400 millions $ en 2020-2021 et qui sera encore très élevé cette année.

Le gouvernement progressiste-conservateur suit une ligne directrice qui pourrait se résumer ainsi: aucune compression n’est insignifiante et chaque sou économisé compte. Des dizaines, sinon des centaines d’aides financières ponctuelles ou annuelles ont ainsi été éliminées depuis l’arrivée au pouvoir de Blaine Higgs, sans l’ombre d’un débat. Même la COVID-19 n’est pas une raison suffisante à ses yeux pour agir autrement.

C’est dans cet esprit que Le Maillon, un service d’aide anonyme présent dans les écoles et qui vise notamment à prévenir le suicide chez les jeunes, a perdu son financement de 40 000$ en 2020. Le Défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick a recommandé le retour de ces fonds. En vain.

Ce gouvernement a un signe de dollar à la place du cœur. Pour lui, il n’y a pas de petites économies. Surtout si celles-ci se font sur le dos des personnes les plus vulnérables au lieu des riches et puissants.

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