Des manifestants ont convergé vers Fredericton avec pour objectif de paralyser le coeur de la capitale. Tant les autorités municipales que provinciales ont retenu les leçons du fiasco en cours à Ottawa et se sont préparées en conséquence. C’est tant mieux. Nous ne devons pas laisser les gros bras prendre le contrôle du centre-ville de nos municipalités.

Depuis deux semaines, des camionneurs et autres protestataires ont pris le contrôle du centre-ville d’Ottawa. Ce n’est pas une manifestation, mais bien une occupation. Il s’agit aussi d’une tentative de déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu.

L’incurie de la police d’Ottawa, du gouvernement de l’Ontario et de celui du Canada a eu pour effet de prolonger la crise. Les manifestants se sont incrustés, ne donnent aucun signe de vouloir vider les lieux et crient victoire chaque fois qu’une province annonce un relâchement de ses mesures sanitaires.

Pire, leur stratégie a fini par faire des petits. D’autres camionneurs ont bloqué le pont Ambassador, lequel joint Windsor à Detroit et représente un lien stratégique crucial entre le Canada et les États-Unis. D’autres postes frontaliers importants ont aussi été visés, notamment en Alberta et au Manitoba.

C’est dans ce contexte qu’un convoi s’est formé au N.-B. Les organisateurs ne se gênent pas pour dire que leur événement durera plusieurs jours et que leur objectif est de bloquer le centre-ville de Fredericton en fin de semaine.

Leur impact s’est fait sentir avant même leur arrivée. Par mesure de prudence, le ministère de l’Éducation a fermé vendredi les écoles situées près du centre-ville ou le long des axes routiers censés être utilisés par le convoi. Une autre journée de classe perdue dans une année où il y en a eu déjà trop, en raison de la pandémie.

Le premier ministre Blaine Higgs a d’abord commis l’erreur de vouloir apaiser les protestataires. Il a affirmé préparer une annonce concernant l’assouplissement des mesures sanitaires. Cela permettrait de réduire l’élan des futurs manifestants, croyait-il alors.

Il s’agissait d’une erreur d’appréciation. M. Higgs a donné l’image d’un premier ministre qui ajuste ses politiques en fonction de la colère d’un petit groupe de résistants. C’est la meilleure façon de les motiver à tenter d’autres coups d’éclat.

Heureusement, il a rectifié le tir. Lors d’une conférence de presse mercredi, il a annoncé un train de nouvelles mesures. Parmi celles-ci, des amendes allant jusqu’à 10 000$, la saisie des véhicules et la suspension du permis de conduire pour toute personne qui bloque une rue, comme entendent justement le faire les camionneurs.

Cette sortie était nécessaire. Blaine Higgs devait démontrer hors de tout doute qu’il n’entend pas à rire, qu’il n’éprouve aucune sympathie pour ceux qui veulent occuper notre capitale provinciale et qu’il empêchera une répétition des événements d’Ottawa.

La loi interdit déjà de bloquer une artère routière. Néanmoins, en lui donnant plus de mordant, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a envoyé un message fort.

Celui-ci a d’ailleurs été compris par la police de Fredericton. Elle a érigé des barrages afin d’empêcher les camions lourds de converger vers le centre-ville.

La force policière et son chef, Roger Brown, n’ont en effet pas droit à l’erreur. Il y a trois semaines, ils ont permis la tenue d’une manifestation contre les mesures sanitaires en plein confinement, même si les rassemblements étaient alors interdits par l’arrêté d’urgence obligatoire.

Cela avait suscité le courroux du ministre Dominic Cardy, qui est député de Fredericton-Hanwell. Il avait critiqué la force policière et s’était interrogé publiquement à savoir s’il existe d’autres lois que les Néo-Brunswickois peuvent impunément ignorer. Le premier ministre Higgs avait rabroué son ministre pour ses «commentaires regrettables et inappropriés».

Cette fois-ci, pas question de répéter ce fiasco. Tout le monde doit être sur la même longueur d’onde sur l’objectif à atteindre, c’est-à-dire protéger la capitale du Nouveau-Brunswick de la menace (le mot n’est pas trop fort) de ce convoi qui s’autoproclame défenseur de la liberté.

Les mouvements de protestations qui s’organisent un peu partout ne sont pas spontanés. Plusieurs d’entre eux sont financés par des mouvements d’extrême droite basés aux États-Unis.

Il n’y a pas de compromis à négocier avec ces gens-là. Si les manifestants réussissent à s’incruster dans le centre-ville de Fredericton, ils y resteront aussi longtemps que ceux d’Ottawa et du pont Ambassador. Nous ne pouvons tolérer qu’une telle chose se produise ici aussi.

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