Le gouvernement Higgs déposera son budget provincial la semaine prochaine. Nous saurons alors s’il est en phase avec une population étranglée par la hausse de l’inflation, du coût du logement et du prix de l’essence.

Le budget du ministre des Finances, Ernie Steeves, devrait normalement être plus dépensier que les précédents. Le gouvernement provincial déclare des surplus d’une ampleur historique depuis le début de la pandémie et ne pourra pas continuer de les verser contre la dette publique sans finir par en payer le prix. Il doit y avoir un équilibre entre les besoins des banquiers et ceux de la population.

Lors de la campagne électorale de 2018 qui l’a mené au pouvoir, Blaine Higgs avait insisté sur l’importance de remettre de l’argent dans les poches des contribuables. Il avait fustigé les hausses d’impôt et de taxes du gouvernement libéral de Brian Gallant.

Il avait promis de combattre la tarification du carbone, de diminuer la fréquence d’inspection des véhicules, de mettre fin à l’obligation d’avoir une plaque d’immatriculation à l’avant, de réduire la taxe foncière pour les propriétaires d’une résidence secondaire ou d’un immeuble à logement, etc. Et bien sûr de ne pas augmenter les impôts.

La pandémie a fait disparaître des écrans radars la question du coût de la vie pendant quelques mois, à l’exception de l’accès au logement, toujours présent dans l’actualité. La hausse rapide du taux d’inflation (qui touche notamment les produits d’alimentation) et l’explosion du prix de l’essence, le tout exacerbé par la guerre en Ukraine, est toutefois en train de s’imposer comme étant l’enjeu incontournable de 2022.

Blaine Higgs en est-il conscient? Aucun doute là-dessus. Agira-t-il en conséquence? Rien n’est moins sûr.

Le premier ministre se présente comme étant un apôtre du libre marché. Il a rejeté tous les appels visant à réglementer le coût des loyers. Sa seule réaction face à la hausse du prix de l’essence est de ressusciter son vieux combat contre la taxe fédérale sur le carbone.

Le ministre Steeves doit envoyer avec son budget un message aux contribuables qu’il est conscient de leurs défis et qu’il entend leur accorder de l’aide. Il ferait une erreur en agissant autrement. Les électeurs n’hésitent pas à blâmer les gouvernements quand ils s’appauvrissent.

Aux États-Unis, l’inflation est en train de couler la présidence de Joe Biden. Sur la scène fédérale canadienne, le Parti conservateur martèle le mot-clic @JustInflation, une contraction du prénom du premier ministre Trudeau et du mot inflation, et mise sur cette question pour le défaire.

Les Néo-Brunswickois ne sont pas différents. En 2003, le premier ministre Bernard Lord a presque perdu ses élections après avoir sous-estimé l’impact de la hausse du prix de l’assurance automobile sur l’humeur de l’électorat. En 2006, il a laissé cet enjeu torpiller sa campagne une deuxième fois de suite. Il a été puni par les électeurs et défait par les libéraux de Shawn Graham.

Le prochain rendez-vous électoral n’est prévu qu’en 2024. Il n’y a donc pas péril en la demeure pour les progressistes-conservateurs. Il ne faut pas s’attendre à la création de grands programmes d’aide dans le budget de mardi.

Ce n’est de toute façon pas dans les habitudes de la maison. Nous avons pu la constater au cours de la pandémie, quand le gouvernement Higgs a privilégié quelques programmes modestes, comme le programme de remboursement de dépenses de vacances Explore NB, et a laissé Ottawa financer le gros des mesures d’aide aux victimes économiques de la pandémie.

Le temps n’est pas aux petites guéguerres contre le gouvernement fédéral. Nous ne voulons pas entendre Ernie Steeves et Blaine Higgs se plaindre de l’inaction d’Ottawa. Nous voulons plutôt connaître leurs intentions.

Le Nouveau-Brunswick diminuera-t-il la taxe provinciale de l’essence, comme vient de le faire l’Alberta? Va-t-il plutôt utiliser les revenus de la tarification du carbone pour accorder une aide financière aux personnes touchées par la hausse des prix, comme semble vouloir le privilégier le Québec?

Le gouvernement Higgs ne doit pas maintenir le cap et continuer de prioriser l’atteinte de surplus budgétaires toujours plus élevés ainsi que le remboursement à tout prix de la dette. Il est temps de démontrer que sa volonté est de donner un coup de pouce à la population et non pas de poursuivre une chicane constitutionnelle sur la tarification du carbone avec le gouvernement Trudeau.

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