Dans quelques heures, le ministre des Finances Ernie Steeves déposera le budget provincial. Si peu d’informations ont coulé à propos de son contenu, il pourrait comprendre un généreux cadeau fiscal pour les propriétaires d’un chalet, d’une résidence secondaire ou d’édifices à logements. Un mauvais choix, à moins qu’il ne soit accompagné d’un plan visant à limiter et à encadrer la hausse faramineuse des loyers au Nouveau-Brunswick.

Les propriétaires fonciers doivent payer la portion municipale et provinciale de la taxe immobilière sur les chalets et autres propriétés résidentielles où ils n’habitent pas.

Ils se battent depuis plusieurs années afin d’être exemptés de la portion provinciale, comme c’est le cas pour les propriétaires d’une résidence dans laquelle ils habitent. Ils ont trouvé un nom racoleur, la «double taxe», qui est facile à retenir et qui donne la fausse impression qu’ils sont victimes d’une injustice. La People’s Alliance en a fait son cheval de bataille. Même chose pour la famille Irving, par le biais de ses journaux (récemment vendus à Postmedia).

Cette campagne est un succès. Le gouvernement Higgs a plié en mars 2020 et a annoncé qu’il réduira cet impôt de moitié, avec pour objectif d’ensuite l’éliminer. En réduisant en même temps celui sur les biens non résidentiels, comme les commerces et les industries, le ministre Steeves prévoyait alors dans son budget que le gouvernement se priverait ainsi d’environ 100 millions $ par année.

Fredericton a toutefois renoncé à son engagement en raison de la pandémie. Ce n’est toutefois que partie remise, comme nous risquons de le découvrir mardi.

Les opposants à la «double imposition» aiment soutenir, sans apporter la moindre preuve, que ce cadeau des contribuables permettra à lui seul de provoquer une baisse des loyers au Nouveau-Brunswick.

C’est au mieux de la pensée magique et au pire de la bouillie pour les chats. Si vous croyez réellement qu’une entreprise immobilière ontarienne diminuera le prix de ses logements à Bathurst parce que le gouvernement provincial se prive de revenus, nous avons un château à vous vendre en Espagne.

Les loyers ont augmenté de 7,1% au Nouveau-Brunswick en 2021, contre 1,6% en moyenne ailleurs au Canada. La raison est simple. Le marché locatif néo-brunswickois est un véritable Far West. Il est peu réglementé et les locataires ont moins de droits et de recours que dans la plupart des autres provinces.

Des investisseurs ont flairé la bonne affaire. Les édifices sont achetés, refinancés et revendus à fort prix. Des loyers doublent ou triplent, sans véritable justification.

Cela est survenu avec la bénédiction du premier ministre. Si vous avez été la victime d’une hausse indécente de loyer, vous pouvez blâmer directement le gouvernement Higgs qui refuse depuis maintenant quatre ans de mettre le marché au pas.

Blaine Higgs se présente comme étant un apôtre du libre marché. Dans les faits, il a fait un choix, celui de privilégier les intérêts des propriétaires immobiliers à ceux des locataires.

Alors que la Nouvelle-Écosse a imposé une limite d’augmentation de loyer de 2% en 2022 et que l’Ontario a fixé un plafond de 1,2%, le Nouveau-Brunswick n’a rien fait de tel. Un abandon de responsabilité dont des milliers de Néo-Brunswickois font aujourd’hui les frais.

Le ministre Steeves semble déterminé à éliminer en tout ou en partie cette fameuse pseudo double imposition. Soit. Mais cela doit se faire de manière à ce que ça profite aussi aux locataires ou plus largement dans une stratégie visant à augmenter l’offre de logements dans la province.

Le crédit d’impôt foncier que s’apprête selon toute vraisemblance à accorder le gouver­ne­ment devra être accompagné de conditions.

Plusieurs options s’offrent au ministre. Il pourrait décréter que les propriétaires immobiliers devront obligatoirement limiter les hausses de loyer à moins de 2% par année pour avoir droit à cette diminution de leur compte de taxes. L’allégement fiscal pourrait aussi n’être offert que pendant une période limitée (5 ou 10 ans) et seulement aux promoteurs qui construisent de nouveaux édifices à logement. La réduction pourrait être plus importante pour les logements abordables.

Le gouvernement Higgs peut démontrer pour la toute première fois depuis son arrivée au pouvoir qu’il a à cœur le sort des citoyens qui vivent dans un logement locatif. Il serait indécent de le voir abandonner des centaines de millions de dollars sans rien exiger en retour.

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