Il y a des personnes qui deviennent des politiciens. Et il y a des personnes qui ont été en politique, mais qui ont d’abord et avant tout été les défenseurs de leur communauté. Claudette Bradshaw entre dans la deuxième catégorie.

Claudette Bradshaw a été députée puis ministre pendant presque 10 ans (de 1997 à 2006). Et pourtant, ce sont ses efforts incessants pour venir en aide aux laissés-pour-compte de la société dont nous nous souvenons aujourd’hui, et non pas de grandiose action politique.

Mme Bradshaw est décédée des suites de la maladie samedi à l’âge de 72 ans. Ce n’est pas exagéré de dire que des centaines de familles, sinon plus, ont des raisons de pleurer son décès et lui doivent beaucoup.

Son entrée en politique est survenue pendant une période trouble pour les Acadiens. Après son arrivée au pouvoir en 1993, le premier ministre Jean Chrétien a confié à son ministre et député d’Acadie-Bathurst, Doug Young, le mandat d’effectuer des compressions dans le programme d’assurance-emploi.

Les Acadiens ont été particulièrement touchés par ces mesures, si bien que lors des élections fédérales de 1997, les néo-démocrates Yvon Godin et Angela Vautour ont été élus dans Acadie-Bathurst et Beauséjour-Petitcodiac, deux châteaux forts libéraux.

Le résultat du scrutin dans Moncton-Riverview-Dieppe, cette année-là, s’inscrit dans cette période de tourmente. En effet, l’élection d’une Acadienne ayant consacré sa vie aux personnes dans le besoin, dans une circonscription qui avait auparavant élu des avocats, des anciens maires et des politiciens de carrière, avait été considérée comme étant un message fort contre les compressions du gouvernement Chrétien, au même titre que les victoires d’Yvon Godin et d’Angela Vautour.

Il est impressionnant de constater que la vie politique n’a pas fait changer d’un iota le sens des priorités de Mme Bradshaw ni sa personnalité chaleureuse.

Elle était bien connue pour ses grandes étreintes. Un jour, avant une conférence de presse, elle a serré dans ses bras chaque journaliste présent. Arrivé devant le représentant de l’Acadie Nouvelle, elle a hésité quelques instants, en raison d’une série d’articles publiés dans le journal qui l’avait mécontentée, avant de dire: «Toi, je te donne un hug, même si tu n’as pas été gentil!»

Il serait normalement totalement inapproprié pour un journaliste d’accepter des marques d’affection de politicien. Mais avec Mme Bradshaw, ça passait. Cela faisait partie du personnage. Lui refuser ce plaisir n’était pas une option.

Sa carrière politique n’a pas été un long fleuve tranquille. Plusieurs espéraient que sa présence au conseil des ministres fédéral allait mener à des changements importants plus rapides au programme d’assurance-emploi. Elle a été mêlée bien malgré elle au dossier des routes du Nord, qui avait pris beaucoup de place dans l’actualité au début des années 2000. Elle s’était opposée à une motion au Parlement visant à demander à la Couronne britannique des excuses pour les torts causés au peuple acadien lors de la Déportation.

Elle a toutefois mis fin à sa vie politique sans avoir perdu une once de popularité et d’intégrité. En tant que première Acadienne à être nommée ministre, elle a de plus ouvert la voie à des personnes comme Ginette Petitpas Taylor, une ancienne travailleuse sociale devenue ministre fédérale à son tour.

Sans vouloir minimiser sa carrière politique, c’est toutefois son travail au sein de la communauté qui a eu le plus grand impact.

D’ailleurs, peu de temps après sa retraite de la politique, elle s’est retrouvée à la tête d’un groupe d’études visant à examiner les difficultés auxquelles sont confrontées les organisations sans but lucratif. Les soupes populaires, banques alimentaires, refuges et autres organismes du genre peinent à garder la tête hors de l’eau, et Mme Bradshaw s’était vue confier la mission de trouver des solutions à long terme.

Les besoins étaient gigantesques en 1974, quand elle a fondé Headstart afin d’offrir des services aux enfants défavorisés de sa région. Le programme a rapidement pris de l’ampleur. «Si jamais j’écris un livre sur ce que j’ai vécu et […] les choses qu’on m’a dites, les gens penseront […] non, cela ne se passe pas dans ma ville. Mais cela se passe dans votre ville», a-t-elle déclaré en 2017.

Claudette Bradshaw a défendu les personnes marginalisées à une époque où ils n’étaient pas si nombreux à le faire et où le vent de face était bien plus fort qu’aujourd’hui. Les démunis, les sans voix et les plus vulnérables ont toujours été sa préoccupation. Ils ont perdu une championne qui a consacré sa vie à leur cause. L’Acadie est aujourd’hui un meilleur endroit grâce à elle.

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