En accueillant à bras ouverts les deux députés de la People’s Alliance, le premier ministre Blaine Higgs pousse son parti plus loin vers la droite et fait de celui-ci un endroit encore plus inhospitalier pour les électeurs francophones.

La dissolution de la People’s Alliance ne représente pas en tant que telle un grand choc. Cette formation avait énormément de liens communs avec le Parti progressiste-conservateur. Elle avait maintenu au pouvoir pendant près de deux ans le gouvernement Higgs, après les élections de 2018, alors qu’il était minoritaire.

S’il y a une surprise, c’est que cela survient avant les deux élections complémentaires prévues dans la Miramichi, où les alliancistes avaient espoir de réaliser un gain.

En baissant les bras, le désormais ancien chef de la People’s Alliance, Kris Austin, fait la démonstration qu’il y a des limites à faire de la lutte aux droits et acquis des francophones l’unique projet politique d’un parti. L’ancien parti Confederation of Regions (CoR) est mort après 10 ans. Voilà que son successeur subit le même sort.

C’est une bonne nouvelle. En tant que députés d’arrière-ban, Kris Austin et Michelle Conroy auront moins de visibilité. Nous ne les entendrons plus vociférer durant la Période des questions contre les droits linguistiques.

Cela ne signifie toutefois pas qu’ils n’auront plus d’influence. Blaine Higgs et Kris Austin ont plusieurs atomes crochus. De 2018 à 2020, le chef de la People’s Alliance avait droit à une oreille attentive de la part du premier ministre, plus que la plupart des membres du Cabinet. Lors d’une conférence de presse portant sur les exigences linguistiques chez Ambulance NB, en novembre 2019, M. Austin avait d’ailleurs été invité à prendre la parole au micro au même titre que les représentants du gouvernement.

Les deux nouveaux députés conservateurs ont été clairs cette semaine qu’ils n’ont rien perdu de leur hargne sur la question linguistique. Ils sont toujours autant opposés à l’existence du Réseau de santé Vitalité, au commissariat aux langues officielles, etc.

En ce sens, nous sommes déçus d’entendre le ministre Daniel Allain, seul député francophone du Parti progressiste-conservateur, laisser croire que les deux nouveaux venus vont rentrer dans le rang, y compris sur la question linguistique. C’est au mieux de la naïveté et au pire de l’aveuglement volontaire.

Cela dit, la dynamique sera différente. Malgré ses défauts, le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick n’est pas une formation vouée à combattre les droits des francophones comme l’était la People’s Alliance. M. Austin et Mme Conroy rejoignent un parti qui comprend des militants et des députés qui partagent leurs idées extrémistes, mais aussi de nombreux autres qui s’y opposent.

Il n’y a là rien de neuf sous le soleil. Tous les chefs progressistes-conservateurs qui ont suivi Richard Hatfield ont dû gérer l’arrivée de coristes ou d’alliancistes.

Bernard Valcourt, Bernard Lord et David Alward s’étaient toutefois en leur temps portés garants des droits des francophones. Blaine Higgs, lui-même un ancien coriste, n’a rien fait pour mériter une telle confiance. D’où les craintes et préoccupations des Acadiens à la suite de l’accueil chaleureux accordé par le premier ministre aux deux transfuges.

En ouvrant les portes de son caucus à deux élus qui ont fait de leur vie politique une lutte de tous les instants contre les causes qui tiennent à coeur aux Acadiens, Blaine Higgs envoie une nouvelle fois le message qu’il accorde peu d’importance à l’électorat francophone et qu’il n’a pas besoin de lui pour se maintenir au pouvoir.

Il ne se contente point de ne pas bâtir des ponts avec la communauté acadienne. Il s’affaire à démolir ceux qui existent déjà.

C’est un jeu risqué. Les libéraux et les verts finiront un jour par réussir des percées dans les circonscriptions anglophones. Les progressistes-conservateurs regretteront alors de s’être mis à dos les électeurs francophones.

Si l’avenir de son parti préoccupe le moindrement Blaine Higgs, il doit au minimum ne pas nommer Kris Austin et Michelle Conroy au sein du conseil des ministres. La présence de ces deux individus au sein du caucus progressiste-conservateur est déjà une insulte pour la population francophone. Nommer l’un d’eux à un poste de ministre, en particulier Kris Austin, constituerait l’équivalent politique d’un doigt d’honneur aux Acadiens.

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