La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, déposera aujourd’hui son premier budget depuis les dernières élections. Comme celui du gouvernement du Nouveau-Brunswick, dévoilé la semaine dernière, il sera jugé en fonction de sa capacité à aider la population en lien avec la hausse du coût de la vie. Nous souhaitons que, contrairement au budget provincial, celui du fédéral obtienne la note de passage sur cet enjeu crucial.

Le Nouveau-Brunswick vit une crise du logement qui ne donne aucun signe de se résorber. Après des années d’attente et de désintérêt, le gouvernement Higgs a finalement réagi en annonçant, il  y a deux semaines, qu’il réduira sur plusieurs années sa part provinciale de l’impôt foncier sur les résidences secondaires et les immeubles à logement, surnommée «double taxe» par ses détracteurs. Il a aussi imposé un plafond de 3,8% sur toutes les hausses de loyer en 2022.

Cela n’a rien réglé du tout. Le Nouveau-Brunswick vit une pénurie de logement. La population augmente trop rapidement et les producteurs immobiliers ne suivent pas le rythme. Il faut de meilleurs incitatifs.

C’est maintenant au tour du gouvernement du Canada d’annoncer ses intentions.

Il a déjà mis en œuvre en 2017 une Stratégie nationale sur le logement, laquelle prévoit des investissements de plus de 70 milliards $ au cours des 10 prochaines années. Comme c’est malheureusement trop souvent le cas pour les programmes pancanadiens, ils ne sont pas nécessairement adaptés aux régions rurales comme on en retrouve au Nouveau-Brunswick.

L’Acadie Nouvelle a accueilli cette semaine en rencontre éditoriale deux joueurs majeurs de l’immobilier dans le Nord, Jean-Guy et Marc Arseneau. L’objectif était de mieux comprendre ce que les gouvernements peuvent faire pour stimuler la construction d’un plus grand nombre d’édifices à logement à coût relativement abordable.

Ceux-ci réclament un programme national d’incitatifs pas trop complexe et qui prendrait notamment la forme d’un crédit fédéral de TVH ou sur le coût des matériaux de construction, lesquels sont en forte hausse.

Ce programme servirait à encourager la construction d’édifices comprenant des appartements de 900 pieds carrés et moins (deux chambres à coucher). Après tout, nul besoin pour les contribuables de financer directement ou indirectement la construction de grands logements luxueux. Ceux-ci sont déjà rentables. Il faut plutôt bonifier l’offre pour les familles et les personnes âgées, en particulier dans les régions.

L’Acadie Nouvelle a défendu cette position en éditorial dans le journal du 22 mars, le matin du dépôt du budget provincial. Nous avons enjoint le gouvernement Higgs à privilégier une stratégie visant à favoriser la construction. Il aurait pu par exemple offrir un allégement aux promoteurs qui créent de nouveaux logements. Il pourrait être plus généreux quand ceux-ci sont abordables.

Si vous avez les moyens de posséder une résidence secondaire, un chalet ou de vivre dans un condo de luxe, vous n’avez probablement pas besoin d’un cadeau fiscal de la part des contribuables.

Le gouvernement Higgs a malheureusement opté pour une approche plus large et moins efficace. Un cadeau fiscal sera offert à tout le monde. Cela réjouit les propriétaires de chalet ainsi que ceux qui font de la spéculation, mais n’encourage pas la construction d’un nombre suffisant de nouveaux appartements dans nos communautés.

Nous espérons que la ministre Freeland fera preuve de plus d’imagination et de sagesse, aujourd’hui, en déposant le budget fédéral.

Ce n’est pas tout de dépenser des milliards de dollars en infrastructures. Le budget doit aussi comprendre des façons de réduire les obstacles à la construction. Sinon, la crise du logement ira en s’accentuant.

Il faut à tout prix augmenter l’offre locative au Nouveau-Brunswick tout en réduisant la spéculation et les effets néfastes qui accompagnent celle-ci. Il sera uniquement possible d’atteindre ces objectifs avec des mesures ciblées et concrètes qui aideront le marché immobilier là où c’est urgent de le faire.

La mission de Chrystia Freeland n’est pas compliquée. Son budget doit comprendre des incitatifs qui permettront rapidement la construction d’appartements à un coût assez abordable pour qu’une famille néo-brunswic­koise moyenne ait les moyens d’y habiter.

Le gouvernement Higgs a échoué à relever ce défi. Nous invitons le gouvernement Trudeau à faire mieux.

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