Le Nouveau-Brunswick et le Canada ont décidément des visions très différentes sur la façon de mieux servir leur population. C’est particulièrement vrai depuis l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs à Fredericton et des libéraux à Ottawa.

La pandémie a contribué à accentuer ce clivage. Justin Trudeau a misé sur la création de coûteux programmes sociaux; son homologue Blaine Higgs a préféré réduire les impôts.

Les deux visions sont légitimes. Les deux premiers ministres n’ont d’ailleurs jamais caché leurs intentions en campagne électorale. Ils gouvernent exactement comme ils ont promis de le faire. Ils sont ce qu’ils sont.

De façon générale, l’électorat vit bien avec cette dichotomie. Au provincial, les progressistes-conservateurs ont été élus avec une minorité en 2018 et réélus avec une majorité en 2020. Au fédéral, la majorité des circonscriptions néo-brunswickoises sont représentées par des libéraux (6 sur 10).

Les régions rurales francophones étant plus pauvres que dans le reste du Nouveau-Brunswick, l’Acadie Nouvelle a tendance à appuyer en éditorial tout effort visant à renforcer notre filet social. C’est pourquoi nous applaudissons l’annonce de la création d’un programme national d’assurance dentaire, tel que confirmé la semaine dernière dans le budget de la ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland.

L’assurance dentaire était une promesse phare du chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh. Ce parti n’a toutefois remporté que 25 sièges aux dernières élections et aucun au Nouveau-Brunswick.

Il n’était donc pas sur l’écran radar d’une majorité de Néo-Brunswickois ni de Canadiens. L’entente surprise conclue entre les libéraux et les néo-démocrates, qui doit permettre au gouvernement Trudeau de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2025, a cependant tout changé.

En échange de son appui au gouvernement lors des votes de confiance, Jagmeet Singh a en effet obtenu l’engagement de Justin Trudeau de créer un programme d’assurance dentaire de même qu’un régime universel d’assurance médicament.

Les libéraux fédéraux ne vivant plus sous la peur constante d’être renversés, ils ont le luxe de prendre leur temps. Le budget prévoit 5,3 milliards $ sur cinq ans pour les soins dentaires. Le programme sera d’abord réservé aux moins de 12 ans.

Tel un chien de Pavlov, Blaine Higgs est immédiatement monté aux barricades pour dénoncer cette initiative. Le contraire aurait été surprenant, le premier ministre étant presque toujours hostile aux annonces en provenance des libéraux d’Ottawa.

Tout comme M. Higgs, nous aurions voulu voir la ministre Freeland annoncer une hausse importante des transferts en santé. Cela n’empêche toutefois pas que l’injection des fonds fédéraux pour rendre plus accessibles les soins dentaires partout au pays est une nouvelle positive.

Le système de santé est gratuit et universel au Canada. Les soins dentaires n’en font toutefois pas partie. Résultat, si votre employeur ne vous donne pas accès à une assurance et si vous n’êtes pas suffisamment à l’aise financièrement, vous pouvez oublier l’idée de rendez-vous réguliers avec un dentiste. Un peu comme s’ils s’agissaient de soins non essentiels ou cosmétiques. C’est sur le point de changer.

Notons que dans ce cas-ci, l’établissement de critères nationaux avantage le Nouveau-Brunswick. La nouvelle assurance sera en effet offerte éventuellement à toutes les familles ayant un revenu combiné de moins de 90 000$ par année, une rémunération considérée comme étant relativement élevée dans notre province.

Que ce soit par manque de moyens ou en l’absence d’une volonté politique, le Nouveau-Brunswick n’a pas tendance à se lancer dans de grandes initiatives. Jamais dans 100 ans il n’aurait bâti un système de garderies à 10$, comme celui qu’est en train de financer le fédéral. Jamais il n’aurait créé une allocation familiale aussi généreuse que celle de l’administration Trudeau.

L’assurance dentaire n’était pas considérée comme étant un enjeu électoral dans notre province. Cela ne signifie toutefois pas qu’elle ne comblera pas des besoins importants.

Nous ignorons encore comment elle sera mise en place et si les provinces auront un rôle à jouer. Si cela devait être le cas, nous invitons le gouvernement Higgs à négocier de bonne foi et à tout faire pour faciliter l’implantation de ce nouveau programme.

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