En annonçant que les étudiants et les diplômés néo-brunswickois n’auront plus à payer d’intérêts sur leur prêt étudiant provincial, le gouvernement du Nouveau-Brunswick agit de façon utile. Il devra toutefois en faire bien plus pour rendre l’éducation postsecondaire abordable.

Cette annonce représente une surprise. Le ministre de l’Éducation postsecondaire, Trevor Holder, n’avait pas donné d’indices quant à ses intentions. Le gouvernement Higgs étant sous le feu des critiques pour avoir dégagé des surplus budgétaires faramineux et avoir consacré l’essentiel de ceux-ci au remboursement de la dette, il n’est pas impossible que les plans ont changé et qu’il ait été décidé d’investir un peu plus dans des mesures sociales.

Selon les données partagées par Fredericton, environ 65 000 personnes profiteront de cette initiative au coût annuel d’environ 5,5 millions $ pour le trésor public, à compter de cet automne.

L’étudiant moyen s’endette d’environ 42 000$ pendant la durée de ses études universitaires. Les droits de scolarité de l’Université de Moncton s’élèveront à 7642$ en 2022-2023.

C’est sans compter que la hausse du coût de la vie touche aussi les étudiants. Vivre aux environs de l’U de M n’a jamais été aussi dispendieux. Vous préférez faire l’aller-retour? Vous serez alors touchés durement par l’explosion du prix de l’essence. Plus que jamais, poursuivre des études universitaires risque de devenir une affaire de riches.

Historiquement, le Nouveau-Brunswick n’a jamais été particulièrement généreux à l’endroit de ses étudiants. La réduction draconienne des transferts de péréquation ordonnée par le gouvernement Chrétien, dans le milieu des années 1990, s’est largement fait sur le dos des institutions postsecondaires.

Il y a une trentaine d’années, le gouvernement provincial s’est désengagé du secteur des prêts étudiants pour plutôt le confier aux caisses populaires et aux banques. Celles-ci imposaient non seulement un taux d’intérêt relativement élevé, mais ajoutaient par-dessus celui-ci un taux supplémentaire, une sorte de surprime aux étudiants. Les institutions financières justifiaient cette pénalité en blâmant des coûts administratifs et le risque accru de prêter à des étudiants jugés mauvais payeurs.

En 2016, le premier ministre libéral Brian Gallant a frappé un grand coup en réorganisant différents programmes d’aide provinciaux et fédéraux afin d’accorder une exemption de droits de scolarité aux étudiants dont le revenu familial annuel est en deçà de 60 000$.

Une fois au pouvoir, les progressistes-conservateurs ont par contre dilué le programme en le rendant aussi accessible à ceux qui fréquentent une institution postsecondaire privée, et ce, sans bonifier l’enveloppe totale. Résultat, un grand nombre d’étudiants ont eu droit à une aide financière moins généreuse.

Lors de la campagne électorale de 2018, Brian Gallant avait par ailleurs promis d’éliminer les intérêts sur la portion provinciale des prêts aux étudiants. Exactement comme vient de l’annoncer le gouvernement Higgs!

À l’époque, les progressistes-conservateurs avaient toutefois balayé du revers de la main la proposition libérale. Il aura donc fallu près de quatre ans avant qu’ils se laissent convaincre du bien-fondé de cette proposition.

En choisissant finalement d’accorder cet allégement financier, le gouvernement Higgs aide de façon directe des dizaines de milliers d’étudiants. Il est en effet plutôt rare de terminer un parcours postsecondaire sans avoir besoin d’emprunter quoique ce soit à une institution financière. Il s’agit aussi, d’une certaine façon, d’un encouragement à poursuivre des études.

Nous ignorons ce qui a poussé le premier ministre Higgs et son équipe à changer d’avis sur cet enjeu, mais nous saluons le fait qu’il se soit enfin décidé. Cela ne doit toutefois pas s’arrêter là.

À la base, le problème est le financement.

Les gouvernements, tant libéraux que progressistes-conservateurs, ont trop souvent réduit le débit du robinet à subvention. Les universités ont dû aller chercher ailleurs ces revenus perdus. Les frais de scolarité ont ainsi plus que triplé en 25 ans.

Comme l’a précisé la Fédération des étudiants et étudiantes du campus universitaire de Moncton (la FÉÉCUM), l’annonce de la semaine dernière a surtout pour effet de diminuer le fardeau financier de l’étudiant après avoir reçu son diplôme. Elle n’améliore en rien l’accessibilité aux études postsecondaires.

Elle mérite néanmoins d’être applaudie. Avec celle-ci, le gouvernement Higgs envoie le signal qu’il est conscient que les étudiants supportent un poids disproportionné et qu’ils ont besoin d’aide. La définition même d’un pas dans la bonne direction.

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