Ce n’est pas tous les jours que le premier ministre du Canada se déplace dans le nord du Nouveau-Brunswick. Et c’est encore plus rare que cela coïncide avec un enjeu controversé d’actualité qui touche spécifiquement l’Acadie. Malheu­reu­se­ment, Justin Trudeau n’a pas profité de l’occasion pour démontrer qu’au-delà des paroles, il est concrètement un allié des Acadiens.

Justin Trudeau s’est rendu à Dalhousie cette semaine afin d’annoncer la conclusion d’une entente de 22 millions $ avec le Nouveau-Brunswick. L’argent vient d’un fonds créé en 2020 en appui aux foyers de soins pendant la pandémie.

Plusieurs provinces profitent déjà de cet argent depuis plus d’un an. Le fait que le gouvernement Higgs a attendu après les élections fédérales de 2021 avant de signer une entente lui permettant d’avoir accès à des millions de dollars, sans avoir à verser le moindre sou des coffres provinciaux, démontre à nouveau l’extrême partisanerie qui règne au bureau du premier ministre à Fredericton.

De son côté, M. Trudeau a excellé à Dalhousie comme il le fait d’habitude dans ce genre d’activité. Il est autant à l’aise avec les autres politiciens qu’avec les dignitaires locaux, les parents et même leurs enfants.

Il y a toutefois un moment où il n’a pas brillé. Pendant la conférence de presse au Club d’âge d’or de Dalhousie, il a été interrogé à savoir s’il interjettera appel du jugement de la Cour du Banc de la Reine qui a décrété que le premier ministre a agi de façon inconstitutionnelle en nommant une personne unilingue, Brenda Murphy, à titre de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick.

Nous attendions une réponse claire. Nous avons plutôt eu droit à une séance de patinage. Nous souhaitions un engagement à ne pas tenter de faire casser ce jugement dans un tribunal d’appel. Nous n’avons pas été rassurés.

Justin Trudeau a d’abord partagé quelques généralités, notamment en soulignant le fait que la communauté acadienne est «féroce dans sa capacité de défendre son identité, et on l’appuie à 100%». Il a ajouté que «nous serons toujours là pour respecter la particularité de la situation au N.-B».

Il s’agit de belles paroles, mais elles ont un fond creux. L’engagement du gouvernement Trudeau à appuyer «à 100%» les francophones du Nouveau-Brunswick n’a pas empêché celui-ci de nommer en 2019 une lieutenante-gouverneure incapable de parler et de comprendre la langue de Molière.

Il a aussi souligné la présence à ses côtés de la ministre Ginette Petitpas Taylor, «une fière Néo-Brunswickoise», comme s’il s’agissait d’un gage de son sérieux.

Nous ne remettrons jamais en question la fierté de Mme Petitpas Taylor d’être Néo-Brunswickoise ni son acadianité. Cela dit, elle a appuyé comme tous les autres membres du gouvernement la nomination de Brenda Murphy. Elle a vanté son parcours et n’a jamais partagé publiquement de préoccupations en lien avec son unilinguisme, y compris à la suite du jugement de la Cour du Banc de la Reine. La seule mention de son nom par le premier ministre ne suffit pas dans ce cas-ci.

M. Trudeau a été un peu plus loin en anglais en affirmant que le jugement est «important» et qu’il va le «regarder de très très près». Surtout, il a indiqué vouloir «s’aligner avec celui-ci et s’assurer que l’on va s’avancer de la bonne façon».

Ce dernier bout de phrase – s’aligner avec le jugement – peut laisser croire que le fédéral ne se lancera pas dans une guérilla judiciaire et prendra plutôt des mesures pour que les futurs lieutenants-gouverneurs néo-brunswickois puissent s’exprimer dans les deux langues officielles. Nous sommes toutefois pris à lire entre les lignes et à essayer de décortiquer le sens de chaque mot. Les intentions d’Ottawa ne sont pas claires.

À la décharge de M. Trudeau, son passage à Dalhousie a été planifié et organisé bien avant que la juge Tracey DeWare ne jette le pavé dans la mare. Ce n’est pas comme s’il avait planifié une annonce à ce sujet cette semaine. Il aurait peut-être été plus précis si la conférence de presse avait été prévue en mai.

Nous attendions néanmoins un signal fort de la part du premier ministre. Le moment était parfait pour annoncer qu’il respectera le jugement et qu’il changera la loi pour faire du bilinguisme une obligation pour le poste de lieutenant-gouverneur.

Il a préféré faire preuve de prudence et garder toutes les portes ouvertes. Y compris celle qui aurait dû être fermée depuis longtemps.

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