Contrairement à une monarchie ou à une secte, les partis politiques sont dirigés par des élus. Mais une fois en poste, ils jouissent eux aussi d’un pouvoir quasi absolu et bien mal encadré. Les disciples de la People’s Alliance viennent de l’apprendre à la dure.

Le 30 mars, le chef Kris Austin et la députée Michelle Conroy sont devenus des transfuges. Ils ont quitté la People’s Alliance pour joindre le Parti progressiste-conservateur. Ces deux élus ont été accueillis tel l’enfant prodigue au sein de leur nouvelle famille politique par le premier ministre Blaine Higgs, qui a tenu à poser avec fierté aux côtés de ces deux opposants notoires aux droits linguistiques des francophones.

En quittant la formation politique qu’il a fondée et portée à bout de bras, Kris Austin ne s’est pas contenté de laisser la clef sous le paillasson. Il a aussi rasé la maison.

Deux élections complémentaires auront lieu le 20 juin dans deux circonscriptions de la région de Miramichi. Il existait une forte crainte chez les progressistes-conservateurs que la division du vote favorise les libéraux ou qu’un allianciste soutire la victoire.

Avant de partir, Kris Austin a toutefois soumis une demande écrite à Élections NB afin que la People’s Alliance ne soit plus reconnue comme étant un parti politique officiel au Nouveau-Brunswick. Élections NB a immédiatement obtempéré.

Cette histoire en a fait sourciller plus d’un. La People’s Alliance a beau avoir été bâtie autour de la personnalité de M. Austin, elle n’est pas l’affaire d’une seule personne. Ce parti compte des militants, un conseil, etc. Quand Dominic Cardy a quitté la direction du Nouveau-Brunswick démocratique en janvier 2017 pour ensuite joindre le Part progressiste-conservateur, il n’a pas en même temps annoncé la fermeture de son ancienne formation politique.

C’est pourtant ce que Kris Austin a fait. Et il était tout à fait dans son droit d’agir ainsi.

En effet, la loi indique qu’Élections NB n’a seulement besoin que de l’assentiment du chef pour annuler l’enregistrement d’un parti politique et confirmer sa radiation. Le fait que la People’s Alliance était dotée d’une constitution n’a pas pesé du tout dans la balance.

Des militants tentent depuis de ressusciter leur ancienne formation. Ça ne s’annonce pas facile. Les associations de circonscription ont été dissoutes par Élections NB en même temps que leur parti. Leurs fonds (environ 150 000$) ont été remis dans les coffres du gouvernement provincial et ne sont pas remboursables. Comme la People’s Alliance ne dispose plus du minimum de 10 associations prévues dans la loi, elle a perdu le droit d’offrir des crédits d’impôt à ses donateurs.

Nous ne pleurerons évidemment pas sur le sort de l’Alliance. Voilà après tout un parti né de la lutte contre la vente d’Énergie NB à Hydro-Québec et qui, par pur opportunisme électoral, s’est transformé sous l’impulsion de son chef en outil de lutte contre les aspirations des Acadiens.

L’histoire nous révèle que les tiers partis bâtis sur l’intolérance ont tendance à s’effondrer d’eux-mêmes. C’est d’ailleurs ce qui est survenu avec le Confederation of Regions (CoR) dans les années 1990.

Néanmoins, la facilité avec laquelle Kris Austin a réussi à provoquer l’implosion de sa formation avant de la quitter devrait nous faire réfléchir sur ce pouvoir de vie ou de mort détenu par les chefs politiques au Nouveau-Brunswick.

Imaginons sur la scène provinciale une situation semblable à celle qui prévaut en Alberta, où Jason Kenney est aux prises avec une fronde visant à le forcer à quitter ses fonctions de leader du Parti conservateur uni de l’Alberta. S’il était plutôt chef au Nouveau-Brunswick, M. Kenney aurait l’option de claquer la porte en demandant à la directrice générale des élections et contrôleuse du financement politique, Kim Poffenroth, de dissoudre le parti, ses associations et de vider ses coffres.

Un scénario improbable, peu réaliste, mais qui vient pourtant de survenir avec la People’s Alliance of New Brunswick.

Le problème est que la législation ne prévoit pas un pouvoir d’enquête pour Élections NB. Elle «doit» obtempérer à la demande de radiation du chef, alors que dans d’autres juridictions au Canada, elle «peut» le faire, sans qu’il y ait obligation.

Il est impératif de modifier la loi afin d’éliminer ou à tout le moins mieux encadrer ce droit absolu des chefs sur l’existence même de leur parti.

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