Le moment est-il venu d’augmenter le salaire de base de nos députés provinciaux? Si nous saluons la décision de confier à un comité indépendant la tâche de répondre à cette question sensible, nous croyons que celui-ci devra tenir compte, au moment de remettre ses recommandations, du fait que nos élus sont déjà bien payés.

À la base, déterminer si le salaire d’un député est suffisant constitue un exercice suggestif. En fait, tout dépend avec qui vous le comparez.

Au Nouveau-Brunswick, un député gagne un salaire de 85 000$ par année. C’est beaucoup moins qu’un élu fédéral (189 500$) ou un sénateur (164 500$), mais semblable à ce qui est offert en Nouvelle-Écosse (89 234,90$) et à l’Île-du-Prince-Édouard (76 439,84$).

Par ailleurs, la rémunération du PDG d’Énergie NB a atteint plus de 400 000$ en 2020, contre environ 300 000$ pour les PDG des deux régies de la santé. Vingt-huit médecins ont facturé aux contribuables plus d’un million de dollars.

Les élus vivent néanmoins une situation unique, en ce sens que ce sont eux qui déterminent leur propre salaire. Cela les place dans une situation délicate, d’où la décision de se tourner vers un comité composé de la juge à la retraite Margaret Larlee et de l’avocat Robert Basque.

Cette stratégie semble s’inspirer de ce qui a été fait au niveau municipal. L’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick a mis sur pied une grille d’analyse qui tient compte notamment de la population et de l’assiette fiscale de la ville ou du village. Les élus municipaux peuvent s’appuyer sur celle-ci pour déterminer un salaire équitable qu’ils peuvent ensuite plus facilement justifier auprès de la population.

Là s’arrête toute comparaison.

La plupart des municipalités ont historiquement sous-payé leurs élus. C’est pourquoi nombre d’entre elles étaient dirigées par des retraités, souvent d’anciens directeurs d’école qui pouvaient se permettre de faire ce qui était pratiquement du bénévolat.

Ce n’est pas la même réalité à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

D’abord, il faut tenir compte que c’est une minorité de députés qui doivent se contenter de la rémunération de base annuelle de 85 000$. En effet, un pourcentage important d’élus occupent plus d’une fonction dans une petite législature comme celle du Nouveau-Brunswick comparativement au Parlement canadien.

Il y a 47 députés au Nouveau-Brunswick (deux s’ajouteront à la suite des élections complémentaires dans la région de Miramichi). En comptant Blaine Higgs, 17 des 28 députés progressistes-conservateurs font partie du conseil des ministres et reçoivent donc une rémunération supplémentaire. Même chose pour le chef de l’Opposition officielle, le chef d’un tiers parti, le président de l’Assemblée législative, son adjoint, les leaders de chaque parti en chambre, les whips, les membres des comités législatifs, etc.

Si le député de votre circonscription ne gagne que le salaire de base et rien de plus, il représente une exception. Pas la règle.

Nous estimons que les élus provinciaux sont bien traités financièrement. Les conditions salariales, le régime de pension et la forte possibilité d’obtenir d’autres responsabilités rémunérées représentent à nos yeux un incitatif suffisant pour attirer des candidates et des candidats sérieux en politique.

Oui, le secteur privé offre des salaires plus alléchants. Même chose pour la politique fédérale. Mais ce sera toujours le cas. Aucune formule ne permettra de changer à jamais cet état des choses.

Ça ne signifie toutefois pas que ce salaire de base de 85 000$ doit être gelé à jamais ou être réduit. Une formule juste et équitable, à la fois pour les députés et pour les contribuables, doit être mise en place pour déterminer les futures augmentations salariales. C’est là qu’entre en jeu le comité indépendant de Margaret Larlee et de Robert Basque.

La formule la plus simple serait de lier à l’inflation le salaire de base des députés de même que celui qui accompagne les autres fonctions législatives, mais avec un plancher et un plafond.

Le comité Larlee-Basque est libre de présenter une grille différente ou plus complexe. L’objectif doit cependant rester le même, soit d’offrir à nos élus des hausses de salaire prévisibles et raisonnables, préférablement une ou deux fois par mandat de quatre ans et avec des exceptions prévues en cas de récession.

Un ajustement exceptionnel qui ferait bondir la rémunération de nos élus serait indécent, en particulier à une époque où la plupart des Néo-Brunswickois s’appauvrissent en raison de la hausse du coût de la vie.

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