Plus qu’une victoire des candidats progressistes-conservateurs Réjean Savoie et Mike Dawson, le résultat des deux élections partielles dans la Miramichi a surtout consacré le triomphe du premier ministre Blaine Higgs et de sa vision pour le Nouveau-Brunswick.

Baie-de-Miramichi-Néguac et Miramichi-Sud-Ouest-Baie-du-Vin sont deux circonscriptions bien différentes.

L’une compte une forte proportion d’électeurs francophones; l’autre est homogène anglophone. La première a surtout élu des députés libéraux par le passé, alors que la deuxième s’impose comme un château fort progressiste-conservateur. Dans les deux cas, la People’s Alliance avait obtenu des résultats potables lors des élections provinciales en 2018 et en 2020.

Cette fois-ci, la victoire des bleus a été décisive. Mike Dawson l’a emporté avec plus de 800 voix d’avance; Réjean Savoie ne s’en est pas laissé imposé avec plus de 500 votes devant son plus proche adversaire.

Pour le Parti progressiste-conservateur, le triomphe est total. Il compte 30 députés à l’Assemblée législative, contre 16 pour le Parti libéral et 3 pour le Parti vert. Les appuis à la People’s Alliance se sont effondrés et les libéraux n’ont plus le monopole des circons­crip­tions à forte proportion francophone du Nord.

Des éléments doivent être néanmoins remis en contexte. Les élections partielles ont lieu, par définition, dans leur propre bulle. Celles-ci sont en plus survenues toutes les deux dans la même région. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même dans d’autres circonscriptions.

Par ailleurs, deux des trois partis d’opposition sont dans un état de faiblesse. Le Parti libéral est en pleine course à la direction, alors que la People’s Alliance vient de perdre son chef fondateur, Kris Austin, qui a choisi de quitter le navire avec sa députée Michelle Conroy afin de devenir transfuges conservateurs.

Ce serait malgré tout une erreur de balayer du revers ces résultats et de ne pas en tirer les leçons qui s’imposent. Ce doublé progressiste-conservateur n’est pas un accident de parcours.

Le gouvernement Higgs ne peut pas être mieux positionné pour entreprendre la deuxième moitié de son mandat. Le fait qu’il a réalisé cela alors que la crise du logement, la forte hausse de l’inflation et l’explosion du coût de l’essence soulèvent la grogne de l’électorat représente un tour de force dont il ne faut pas sous-estimer l’ampleur.

Le gain dans Baie-de-Miramichi-Néguac est particulièrement révélateur. Une partie de celui-ci est sans doute attribuable à la volonté des électeurs de voter «du bon bord», un peu comme cela s’est produit en 2001 dans Caraquet, avec l’étonnante victoire de Gaston Moore.

Cela dit, l’élection de Réjean Savoie, dans une région qui n’est pas acquise aux progressistes-conservateurs, est un coup d’éclat. Pour la première fois depuis la démission de Robert Gauvin en 2020, le gouvernement Higgs fait la démonstration qu’il peut séduire suffisamment de francophones du Nord pour faire élire un député acadien.

Ce n’est pas le début d’une histoire d’amour ni l’annonce d’une vague comme celle provoquée par Bernard Lord en 1999. Il s’agit par contre d’une première brèche dans le Nord libéral, tel que l’a expliqué notre chroniqueur Roger Ouellette dans les pages de l’Acadie Nouvelle.

Le résultat des deux partielles permet à M. Higgs de confirmer son emprise sur ses troupes et sur sa formation. Il serait sorti affaibli d’une victoire libérale ou allianciste. Le voilà au contraire plus fort que jamais.

Blaine Higgs n’a jamais confirmé qu’il sera candidat aux prochaines élections générales de 2024 ou même qu’il terminera son présent mandat. Ce doublé devrait calmer les ardeurs de ceux qui seraient trop pressés de lui succéder en plus d’empêcher le grenouillage.

Surtout, il sort conforté dans sa vision d’un gouvernement appelé à intervenir le moins possible pour corriger les injustices du marché. Il sera difficile, après une telle victoire, de convaincre un premier ministre qui vient d’augmenter sa déjà confortable majorité qu’il fait fausse route à propos de quoi que ce soit.

Le taux d’inflation dans notre province (8,8% en mai) est le plus élevé au Canada. La crise du logement s’accentue. Le système de santé est ébranlé par la pénurie d’employés. Une importante réforme de la gouvernance locale est en train d’être mise en vigueur.

Dans plusieurs autres juridictions, cela suffirait à ébranler l’administration en place. Pas au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement Higgs est bien en selle. Les électeurs de la Miramichi se sont assurés de le lui rappeler.

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