François Gravel, éditorialiste
Nos attentes pour Réjean Savoie
Le premier ministre Blaine Higgs compte une recrue acadienne parmi ses rangs: Réjean Savoie. Le nouveau député de Baie-de-Miramichi-Néguac va toutefois se rendre compte très rapidement que son parti a beaucoup changé depuis son premier passage en politique.
Réjean Savoie a été député de 1999 à 2003. L’élection du premier ministre Bernard Lord s’était alors accompagnée d’une vague dont avait profité M. Savoie.
Son bref passage au sein du caucus progressiste-conservateur a été sans éclat. M. Savoie n’était l’un que des nombreux députés d’arrière-ban à la législature. Une recherche dans les archives de l’Acadie Nouvelle nous permet de voir son nom apparaître dans des articles traitant d’annonces somme toute mineures au début des années 2000.
Il n’a jamais été ministre ni même jugé ministrable. Bernard Lord ne lui a pas non plus confié de dossiers qui lui auraient apporté de la visibilité ou qui auraient démontré qu’il était l’un de ses hommes de confiance.
Il est néanmoins apprécié dans sa circonscription, comme il l’a démontré cette semaine en réussissant son retour en politique. Il avait été défait en 2003 après un seul mandat, mais à l’issue d’une lutte serrée.
Réjean Savoie n’arrive pas à Fredericton avec le même bagage que Daniel Allain. Celui-ci avait été coprésident de la campagne électorale de David Alward en 2010, puis sous-ministre au sein du Cabinet du premier ministre et PDG d’Alcool NB. Son expérience et sa connaissance de l’appareil gouvernemental faisaient de lui un choix évident pour occuper un poste d’importance au sein du conseil des ministres.
Réjean Savoie n’a pas la même réputation. En 2004, les libéraux l’avaient ridiculisé après que le gouvernement Lord lui ait offert un emploi partisan tout de suite après sa défaite électorale. Le député T.J. Burke l’avait ciblé en l’accusant de passer son temps à assister à la Période des questions et de n’être payé que pour donner des avis politiques à son ministre.
Le nouveau député ne débarque donc pas à Fredericton avec ses gros sabots. Il devra faire ses classes.
Son chef, Blaine Higgs, n’a pas non plus l’habitude de consulter ses députés sur les décisions importantes. Alors qu’il était vice-premier ministre, Robert Gauvin n’avait su que quelques minutes avant la conférence de presse du ministre de la Santé, Hugh John Flemming, que celui-ci s’apprêtait à réduire les exigences linguistiques chez Ambulance NB. Plus récemment, l’arrivée des alliancistes Kris Austin et Michelle Conroy s’est faite dans le plus grand secret. La plupart des membres du caucus et même du Cabinet ne l’ont su que quelques heures avant l’annonce des transfuges.
Bref, ceux qui s’attendent à ce que Réjean Savoie devienne une sorte de caution pour le peuple acadien, un contrepoids contre l’influence de Kris Austin et qu’il torde le bras du premier ministre Higgs afin qu’il donne enfin sa réponse au rapport sur la révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B. sont mieux d’ajuster leurs attentes à la baisse.
Cela ne signifie cependant pas qu’il ne faut pas avoir d’attentes du tout à son égard.
Réjean Savoie est l’un des deux députés francophones acadiens du caucus progressiste-conservateur, le seul en provenance du nord du Nouveau-Brunswick. Qu’il le veuille ou non, cela vient avec des responsabilités.
Il n’est pas qu’un simple député comme les autres. Il est un député acadien au sein d’un gouvernement qui compte plus que sa part d’élus hostiles aux droits linguistiques. Dans un caucus où les intérêts de Saint-Jean et de Fredericton font foi de tout, il ne devra pas hésiter à prendre la parole pour les siens. Surtout, il ne devra jamais se gêner pour critiquer ses collègues qui remettront en question publiquement ou dans les réunions les droits et les acquis des francophones.
Personne ne s’attend à ce qu’il déchire sa chemise aussitôt que son chef fera une déclaration controversée. Ce n’est pas dans sa personnalité. Mais il ne devra pas non plus jouer le rôle de l’Acadien de service.
Quant à Blaine Higgs, il devrait normalement effectuer un remaniement ministériel de mi-mandat cet automne. Pourquoi ne pas en profiter pour offrir un poste de ministre junior à Réjean Savoie, en le mettant par exemple responsable de la Santé publique, où l’absence d’un porte-parole politique francophone a fait couler beaucoup d’encre?
Ce gouvernement a tout avantage à miser sur M. Savoie afin de maximiser les effets bénéfiques liés à cette modeste percée dans le Nord acadien.


