Dans ce qui a peut-être été la nouvelle la moins surprenante de 2022, Blaine Higgs a rompu son engagement de répondre avant la fin juin au rapport portant sur la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. La Société de l’Acadie du N.-B. a réagi en accusant le premier ministre de «rire du monde». Nous partageons son avis.

Le rapport des commissaires Yvette Finn et John McLaughlin a été déposé il y a six mois. C’est amplement de temps pour le gouvernement provincial de le lire, de déterminer les coûts et les conséquences de l’application des recommandations qu’il contient ainsi que de formuler un plan d’action.

Ce n’est pas non plus comme si le gouvernement avait été dès le début submergé sous l’ampleur de la tâche à accomplir. Le 10 juin, M. Higgs a même réitéré sa promesse de réagir rapidement aux recommandations! Vingt jours plus tard, il soutenait pourtant que son gouvernement a besoin de plus de temps pour analyser le contenu du rapport.

Il a ensuite promis d’offrir une réponse cet automne, une promesse qui ne vaut pas plus cher la livre que celle d’agir avant la fin juin.

L’explication du premier ministre voulant que les recommandations touchent différents domaines d’activité, qu’il «n’aime pas précipiter les choses» et qu’il souhaite «comprendre les impacts de toutes les recommandations» ne tient pas la route.

Si tous ses ministres agissaient de cette façon, l’importante réforme de la gouvernance locale en cours ne serait pas aussi avancée. Le ministre Daniel Allain serait plutôt en réflexion ou encore en train d’analyser les tenants et aboutissants de celle-ci.

De même, Blaine Higgs n’aurait pas ordonné de façon aussi précipitée et brutale la fin d’un programme permettant aux étudiants d’avoir accès à l’assurance-emploi. Il serait au contraire en plein milieu d’un long processus d’analyse afin de déterminer l’impact dévastateur de celle-ci sur l’accès aux études postsecondaires au Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre refuse de prendre ses responsabilités et de réagir à un important rapport concernant la Loi sur les langues officielles. Ce n’est pas le résultat d’un événement fortuit sur lequel il n’a aucun contrôle. C’est son choix. C’est sa volonté.

Comment expliquer ce peu d’empressement?

Il est possible que M. Higgs ait déjà décidé depuis longtemps ce qu’il entend faire. Cela pourrait comprendre la mise en place de certaines recommandations ou carrément le rejet du rapport au complet. Dans tous les cas, il (ou ses conseillers) aurait déterminé qu’il n’a rien à gagner politiquement en annonçant tout de suite ses intentions.

Nous parlons après tout d’un politicien qui est déterminé à prouver à sa base anglophone qu’il n’accorde aucune faveur aux Acadiens, comme le démontre son refus de nommer un porte-parole francophone lors des conférences de presse portant sur la COVID-19.

Une autre possibilité, tout aussi réaliste, est que le sujet des langues officielles lasse M. Higgs. Un peu comme une personne devant un tas de vaisselle sale qui traîne sur le bord d’un comptoir dans la cuisine, le chef progressiste-conservateur fait dans la procrastination. Il y a toujours à ses yeux un problème plus important à régler qui justifie de repousser le dossier des langues officielles en dessous de la pile. Cela expliquerait qu’il a deux semaines à peine, il s’engageait à respecter sa promesse d’agir d’ici la fin juin.

Blaine Higgs a par le passé démontré un désintérêt et une incompréhension à l’égard de la Loi sur les langues officielles. Pas plus tard que l’année dernière, il n’avait aucune idée du processus obligatoire de révision pourtant prévu dans la législation. Il est aujourd’hui incapable de dire à quelles recommandations il pourrait donner suite, mais il continue de marteler qu’il veut «s’attaquer» aux tests de compétence linguistique en vigueur dans la fonction publique.

Nous ne demandons pas mieux qu’être surpris. Toute personne raisonnable aimera mieux un processus de révision qui culminera après neuf mois d’attente avec une Loi sur les langues officielles améliorée et bonifiée qu’un plan bâclé en seulement quelques semaines.

Si le passé est garant de l’avenir, nous pouvons malheureusement nous attendre à d’autres retards et faux-fuyants. Ce n’est pas acceptable.

Le Nouveau-Brunswick a des responsabilités linguistiques qu’aucune autre province n’a au Canada. Il est temps que le gouvernement Higgs le reconnaisse et agisse en conséquence au lieu de nous faire perdre notre temps.

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