À compter de samedi après-midi, des milliers de membres du Parti libéral du Nouveau-Brunswick feront parvenir leur bulletin de vote afin de déterminer l’identité du prochain chef. La lutte s’annonce incertaine, si bien qu’il est impossible de prédire l’issue de celle-ci. Le véritable gagnant de cette course est toutefois déjà bien identifié: l’électorat de toutes les régions.

Les intéressés avaient jusqu’au 15 juin pour s’inscrire afin de voter au congrès. Cela signifie que depuis plus d’un mois, tous les efforts des candidats visent non pas à faire signer de nouvelles cartes de membres, mais bien à convaincre les délégués déjà inscrits à voter pour eux.

La course met en vedette deux Acadiens: Robert Gauvin et Donald Arseneault. Elle comprend aussi Susan Holt, première et seule femme de l’histoire du Parti libéral à briguer le leadership, de même qu’un ancien député fédéral, T.J. Harvey. Ils n’ont sans doute pas plus que vous et moi la moindre idée si leur campagne va mieux que celle de leurs adversaires.

Cela donne un air d’imprévisibilité à cette campagne à la direction cruciale pour cette formation politique qui se cherche depuis la défaite du gouvernement Gallant en 2018.

La principale force de cette course à la direction, qui culminera le samedi 6 août, est qu’elle oblige les candidats à chercher des appuis à travers la province. Il est impossible de gagner en obtenant uniquement un maximum de votes dans une région ciblée.

Le Parti libéral a en effet mis en place un système de vote dans lequel chacune des circonscriptions a un poids égal. Chacune d’entre elles se voit attribuer 100 points, pour un total de 4900 points en jeu (100 points x 49 circonscriptions). Si un candidat obtient 15% des votes dans une circonscription, il obtient donc 15 points. Personne ne peut donc se contenter de faire campagne dans une région en particulier où son organisation est plus forte.

Par ailleurs, le vote est de type préférentiel. Dans l’éventualité (probable) d’un deuxième tour, les votes du candidat qui aura terminé en dernière position seront redistribués.

En termes plus clairs, Donald Arseneault, Robert Gauvin, Susan Holt et T.J. Harvey ne doivent pas seulement convaincre les militants de voter pour eux. Ils doivent aussi convaincre ceux qui ne les appuient pas de les choisir en tant que 2e ou 3e choix.

Le Parti conservateur du Canada a mis en place une formule semblable. Il s’agit d’un héritage de la fusion entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur, en 2003. Ce système permet d’éviter que les milliers de membres albertains de cette formation se mobilisent et décident seuls de résultat de la course.

Le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick a fait l’erreur de ne pas retenir cette formule qui a pourtant fait ses preuves. Le congrès a eu lieu en 2016 à Fredericton sur la base de «un membre, un vote». Résultat, le congrès a été noyauté par des centaines de militants qui provenaient en majorité des régions de Saint-Jean et de Fredericton. Les citoyens du Nord francophone étaient sous-représentés.

Blaine Higgs aurait pu l’emporter si un système semblable à celui des libéraux provinciaux ou des conservateurs fédéraux avait été mis en place. Pour y arriver, il aurait toutefois dû faire campagne à l’extérieur de sa bulle Saint-Jean-Fredericton. Il aurait été forcé de bâtir des ponts, monter une équipe provinciale, s’intéresser à des enjeux avec lesquels il n’est pas familier et gagner la confiance des Néo-Brunswickois de partout, au lieu de devoir sa victoire aux militants de quelques comtés auxquelles il a offert sa gratitude et sa loyauté.

La campagne libérale a au contraire pour effet de donner un profil provincial aux candidats qui s’en donnent la peine. Susan Holt, par exemple, était une parfaite inconnue en Acadie avant le début de la course. Ce n’est plus le cas.

L’Acadie Nouvelle n’accorde pas d’appui à un quelconque candidat dans cette course, tout comme nous ne publions généralement pas d’éditorial invitant les électeurs à voter pour un parti ou un autre lors d’élections générales (nous prenons plutôt position sur des enjeux précis).

Cela dit, nous nous réjouissons à l’idée que le Parti libéral aura bientôt une nouvelle ou un nouveau chef bien au fait des besoins des Néo-Brunswickois, peu importe leur langue ou leur lieu de résidence. Notre province a besoin d’une opposition forte et d’une solution de rechange crédible au gouvernement en place.

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