Alors que le système de santé est en crise, le Réseau de santé Vitalité se donne des allures de forteresse. Loin de communiquer efficacement avec la population, il abandonne plutôt ses responsabilités.

Le dimanche 24 juillet, un homme est entré dans la salle d’attente du service d’urgence de l’Hôpital régional d’Edmundston, puis s’est enlevé la vie.

Prétextant ses obligations en matière de protection des renseignements personnels, les dirigeants du Réseau de santé Vitalité ont refusé de même confirmer qu’il s’agit bien d’un suicide. Dans un communiqué de presse, l’organisation s’est contentée de parler d’un événement tragique survenu dans des circonstances imprévisibles et exceptionnelles, de préciser que personne d’autre n’a été blessé et a promis d’effectuer une évaluation interne.

Les organisations publiques, et en particulier les gouvernements, ont l’habitude de dévoiler des infos au compte-goutte. L’obligation de ne pas partager des renseignements personnels devient alors une excuse commode pour ne rien dire du tout et éviter ainsi de rendre des comptes à la population.

Dans le cas qui nous occupe, personne ne s’attend à ce que Vitalité dévoile l’identité du défunt, son âge, son lieu de résidence ainsi que son dossier médical. Même dans la mort, une personne a le droit à la dignité et à la protection de sa vie privée. Cela n’absout toutefois pas le réseau de partager des informations pertinentes à la population.

Une personne, présumément armée, a fait irruption dans un lieu public rempli de gens malades et vulnérables. A-t-elle interpellé des employés ou des patients? La sécurité ou même la vie de certaines personnes a-t-elle été menacée? Comment a réagi le personnel? Que prévoit le plan d’intervention de la régie de la santé lors d’une telle situation? Les protocoles ont-ils été suivis à la lettre afin de permettre une désescalade? Combien de gens ont été témoins de ces événements et mis en danger?

Il aura par la suite fallu cinq jours avant que la PDG, Dre France Desrosiers, ne fasse une nouvelle sortie publique, toujours dans un communiqué de presse, pour cette fois indiquer que le drame n’est pas survenu à la suite d’une attente prolongée.

Toutes les autres questions restent sans réponse. Nous n’avons même pas la certitude que le résultat de l’enquête exhaustive promise sur les causes profondes entourant l’incident sera rendu public. Connaissant la tendance au secret de Vitalité, ça risque de ne pas être le cas.

En effet, la réaction inacceptable des dirigeants de la régie et de leur inepte service des communications dans ce dossier n’est pas un accident de parcours. C’est la norme.

La direction a commandé récemment un examen de la firme Ernst & Young sur la performance de ses services, y compris une comparaison entre les hôpitaux anglophone et francophone de Moncton. Le rapport n’a jamais été rendu public, y compris auprès des membres du conseil d’administration.

Il y a deux semaines, le réseau Vitalité a annoncé que le service de pédiatrie de l’hôpital d’Edmundston serait fermé pendant au moins dix jours. L’annonce a été faite au moyen d’un communiqué de presse envoyé quelques minutes avant 17h.

Ce vieux truc, couramment utilisé par les gouvernements, vise à limiter la visibilité d’une nouvelle négative. Il fonctionnait bien à l’époque où les journaux étaient montés à la mitaine et où les outils de communication étaient plus rudimentaires.

La stratégie fonctionne moins bien de nos jours. L’heure tardive à laquelle nous avons appris ce bris de service n’a pas empêché l’Acadie Nouvelle de sortir l’histoire quelques minutes plus tard sur son site web et de la publier à la une du journal le lendemain.

Cela démontre néanmoins le peu d’égards de cette organisation à l’endroit de sa clientèle. Elle a d’ailleurs fait la même chose la semaine suivante, en annonçant l’interruption des services de pédiatrie à l’hôpital de Bathurst, encore une fois un vendredi en fin d’après-midi.

Cette façon d’agir de la part de la régie n’est pas seulement méprisante. Elle est irresponsable. En effet, ce n’est pas tout le monde qui vérifie les sites de nouvelles en fin de journée pour vérifier si le réseau de santé a daigné aviser la population d’un changement important.

Les gouvernements déterminent souvent s’ils dévoileront certaines informations en fonction de l’impact sur leur réélection. Ceux et celles qui dirigent nos hôpitaux ne sont pas censés agir de cette façon.

Le secret permet de protéger les organisations comme Vitalité de questions trop pointues. Il ne sert pas les patients ni l’intérêt public.

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