Un événement stupéfiant est survenu, alors que le premier ministre du Nouveau-Brunswick a décrété qu’il sait mieux que quiconque, y compris les médecins, quel est le meilleur moment pour accorder à un patient son congé d’hôpital.

Il y a quelques jours, un homme gravement blessé à la suite d’un accident de moto, John Barnet, a été hospitalisé à Fredericton. Il a été renvoyé à la maison quelques heures plus tard. La famille de la victime s’est insurgée publiquement en affirmant que l’accidenté aurait dû rester en observation à l’hôpital pendant au moins vingt-quatre heures.

L’histoire aurait pu en rester là. Ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’une personne est insatisfaite des soins qui lui sont prodigués. C’était toutefois sans compter sur le premier ministre Blaine Higgs, pour qui cet incident est soudainement devenu pendant quelques heures sa priorité absolue.

La famille du motocycliste blessé a indiqué que M. Higgs a appelé à deux reprises à sa résidence. En fait, il a causé un tel branle-bas que le réseau Horizon a fini par envoyer un médecin au chevet de M. Barnet afin de réévaluer son état. Une ambulance a ensuite été réquisitionnée afin de transporter l’homme à l’hôpital de Saint-Jean.

Blaine Higgs n’a pas choisi la bonne cause pour enfiler son habit et sa cape de Capitaine Santé. Cette intervention est inappropriée.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick n’a pas à se substituer aux médecins ni à monopoliser sur un coup de tête les ressources d’un système de santé exsangue. Depuis quand revient-il à un politicien de déterminer le meilleur moment pour accorder un congé d’hôpital à un patient?

Nous nous interrogeons aussi à savoir comment M. Higgs choisit ses combats. Interviendra-t-il chaque fois qu’un patient insatisfait fait du bruit dans les médias sociaux? Pourquoi s’est-il intéressé aux problèmes de John Barnet, mais pas à ceux d’Évelyne Noël, cette femme unilingue qui s’est vu refuser l’accès à un spécialiste anglophone parce que ce dernier refusait de la recevoir avec un interprète?

Nous l’avons écrit plusieurs fois en éditorial, Blaine Higgs évolue dans une bulle composée de la région de Fredericton, où il travaille, ainsi que celle de Saint-Jean, où il réside et a passé la majorité de sa vie.

Les événements vécus à l’extérieur de cette bulle Saint-Jean-Fredericton, particulièrement dans les régions francophones, suscitent peu d’intérêt de sa part.

Par contre, tout ce qui survient à l’intérieur de ladite bulle est susceptible de prendre une importance démesurée.

Nous en avons été témoins le mois dernier quand le décès d’un homme dans la salle d’attente du service d’urgence de l’hôpital de Fredericton a poussé le premier ministre à effectuer un grand ménage. La ministre responsable Dorothy Shephard a été rétrogradée, le PDG du Réseau de santé Horizon a été congédié alors que les membres des conseils d’administration des deux régies anglophone et francophone ont été évincés.

Blaine Higgs interviendra-t-il personnellement chaque fois qu’un Néo-Brunswickois se plaindra sur Facebook ou dans les médias des soins qui lui ont été prodigués? Comment réagira-t-il si un proche ou un membre du Parti progressiste-conservateur lui demande d’intervenir en sa faveur?

Le système de santé a besoin d’un plan et d’investissements stratégiques. Pas d’un premier ministre qui agit sur des coups de tête au gré des manchettes et des témoignages qui deviennent viraux dans les médias sociaux.

M. Higgs a réuni une équipe composée de gens en qui il a confiance: le nouveau ministre de la Santé Bruce Fitch ainsi que les fiduciaires des réseaux Vitalité et Horizon, Gérald Richard et Suzanne Johnston.

Il est temps que cette supposée super-équipe, qui refuse par ailleurs toutes les demandes d’entrevue, nous partage ses intentions concernant les problèmes qui affligent le système de santé, en particulier la pénurie de personnel.

Les coups d’éclat font peut-être du bien à l’égo du premier ministre. Ils ont aussi pour effet de dévier l’attention du piètre bilan de son gouvernement, qui s’est traîné les pieds pendant quatre ans et partage donc une grande part de responsabilité de la crise actuelle en santé. Ils n’aident toutefois en rien à stabiliser un système qui en a pourtant bien besoin.

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