Un pourcentage toujours plus faible de Canadiens ont le français comme langue maternelle et le parlent à la maison. Le Nouveau-Brunswick ne fait pas exception. La tendance ne se renversera pas de sitôt, tant les dés sont pipés en notre défaveur.

En Amérique du Nord, l’anglais n’est menacé nulle part. Le français l’est partout. Les données du recensement en font chaque fois la preuve.

Il n’y a aucune province où le pourcentage de locuteurs francophones est à la hausse. Même au Québec, où les gouvernements ont mis en place des mesures extraordinaires pour protéger la langue et la culture de la majorité, le nombre d’anglophones augmente à un rythme plus élevé.

À l’autre bout du spectre, Statistique Canada nous révèle que le mandarin est désormais plus parlé dans les foyers que le français à l’Île-du-Prince-Édouard. Il ne reste plus que 2085 personnes à déclarer parler à la maison la langue de Lennie Gallant dans la petite province insulaire, soit moins de 1,5% de la population.

Le portrait n’est pas aussi dramatique au Nouveau-Brunswick, mais il n’est pas rose pour autant.

Le français était la première langue parlée de 30% des Néo-Brunswickois en 2021. Ce pourcentage était de 32% en 2016 et de 34% en 2006. Très mince consolation, nous ne sommes pas (encore) tombés sous la barre symbolique des 30%. Ça ne saurait toutefois tarder.

Même les données qui semblent positives en cachent de plus négatives. Le nombre de citoyens pouvant s’exprimer dans les deux langues officielles a connu une augmentation marquée dans notre province, mais le bilinguisme reste d’abord et avant tout une affaire de francophones. On note aussi une faible hausse depuis cinq ans du nombre de personnes ayant le français comme langue maternelle (+515), sauf que celle-ci ne fait pas le poids en comparaison avec celle du nombre d’anglophones (+23 170).

Une partie de ce déséquilibre s’explique par l’arrivée en masse de ce que l’économiste et chroniqueur Richard Saillant surnomme «les réfugiés du logement», c’est-à-dire ces gens du sud de l’Ontario qui déménagent au Nouveau-Brunswick afin de profiter du prix moins élevé des maisons et qui parlent surtout l’anglais.

Il n’y a pas moyen d’enrober ce ramassis de mauvaises nouvelles. Le français est en déclin au Nouveau-Brunswick. La tendance est lourde, elle remonte à plusieurs décennies et ne donne aucun signe de s’essouffler.

Pire, cela se fait dans l’indifférence. Tant au fédéral qu’au provincial, les gouvernements présentent des plans avec des objectifs ambitieux, notamment en matière d’immigration, mais ne se donnent pas les moyens de les atteindre.

Au Nouveau-Brunswick, le premier ministre Blaine Higgs joue le rôle de ministre responsable des Langues officielles. Nous attendons depuis plus de huit mois sa réponse au rapport sur la révision de la loi. Sa priorité est d’augmenter le nombre d’anglophones bilingues. Il n’a aucune vision concernant la chute du pourcentage de francophones.

Ce serait toutefois injuste de le blâmer pour la situation actuelle. Son prédécesseur Brian Gallant avait exprimé, après sa défaite, des regrets pour ne pas avoir accordé suffisamment d’importance au dossier des langues officielles pendant son unique mandat.

Il avait même rédigé un rapport sur le sujet. Son successeur Kevin Vickers avait tout bonnement avoué ne pas l’avoir lu. C’est probablement la même chose pour l’actuelle chef du Parti libéral, Susan Holt.

Les Acadiens du Nouveau-Brunswick ont néanmoins quelques as cachés dans leur manche.

Le fait que nous comptons sur des régions homogènes, en particulier dans le Nord, est un avantage et un frein contre l’immigration. Il est aussi facile et naturel de vivre en français à Edmundston ou à Caraquet qu’à Québec ou à Gaspé.

Certains de nos droits sont par ailleurs enchâssés dans la constitution, notamment en ce qui a trait à l’éducation ainsi qu’à l’obligation du gouvernement provincial d’offrir des services égaux dans les deux langues. Ils ne sont pas assujettis à notre poids démographique.

Ne faisons toutefois pas l’erreur de balayer du revers de la main ces données. Leur impact se fait déjà sentir au quotidien, avec un premier ministre unilingue anglais et des conférences de presse sur la COVID-19 avec traduction simultanée. Elles ont des conséquences sur le poids politique des Acadiens, sur la carte électorale et sur notre capacité à influencer les gouvernements.

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