La nomination de Michelle Obonsawin a été applaudie à travers le pays, et pour cause. Première Autochtone de l’histoire à être nommée à la Cour suprême du Canada, elle a été promue à l’issue d’une brillante carrière juridique. Elle est de plus parfaitement bilingue. Une nouvelle preuve qu’il est possible de trouver la perle rare, à condition de se donner la peine de la chercher.

Michelle Obonsawin remplacera Michael Moldaver, qui est sur le point d’atteindre l’âge obligatoire de la retraite de 75 ans. M. Moldaver avait été nommé à la plus haute cour par l’ancien premier ministre Stephen Harper. Il était aussi le seul unilingue à siéger à ce tribunal. Cela signifie que pour la première fois de l’histoire, la Cour suprême du Canada pourra entendre toutes les causes en français ou en anglais, sans la traduction simultanée.

Le vieux rêve de l’ancien député néo-démocrate d’Acadie-Bathurt Yvon Godin devient réalité. Il s’était battu pendant près d’une décennie, à compter de 2008, afin de faire du bilinguisme un critère obligatoire d’accès à la Cour suprême du Canada.

Il avait rencontré plusieurs écueils sur sa route. En 2017, un projet de loi à ce sujet avait été défait. La même année, le chef du NPD, Jagmeet Singh, avait désavoué la position traditionnelle de son parti en soulignant que la maîtrise des deux langues officielles ne devrait pas être un critère d’embauche dans le cas des Autochtones qui aspirent à la Cour suprême.

Si le premier ministre Justin Trudeau a empêché l’adoption d’une loi rendant le bilinguisme obligatoire au sein de cette institution, il a toutefois nommé de nouveaux juges pouvant s’exprimer en français et en anglais.

Il s’est aussi fait un devoir d’apporter de la diversité à un tribunal trop homogène à son goût. C’est ainsi que l’année dernière, Mahmud Jamal est devenu le premier juge non-blanc nommé à cette cour.

Le chemin a parfois été sinueux. En 2016, le Néo-Écossais Thomas Cromwell a atteint l’âge de la retraite. Justin Trudeau a alors refusé de s’engager à privilégier un autre juge originaire de l’Atlantique, laissant plutôt entendre qu’il voulait plutôt nommer un juriste autochtone d’ailleurs au Canada. Cela aurait signifié que pour la première fois depuis 1875, il n’y aurait eu aucun juge originaire de notre région à la Cour suprême.

Face aux pressions, M. Trudeau s’est sagement ravisé et a choisi Malcolm Rowe, le premier Terre-Neuvien de l’histoire à être nommé à ce poste prestigieux.

Tout vient à point à qui sait attendre. Il aura fallu patienter six ans de plus, mais une femme issue des Premières Nations fera finalement son entrée à la plus haute cour.

Notons ici la quantité de premières qui ont été réalisées au cours des dernières années à la Cour suprême du Canada. Premier juge de l’histoire de Terre-Neuve-et-Labrador. Premier juge non-blanc. Et première juge autochtone. Tous ces gens sont compétents et qualifiés. De plus, ils parlent et comprennent tous le français.

Eh oui! Il est possible de marier compétences, diversité et respect des deux langues officielles du Canada, pourvu qu’on s’en donne la peine. Qui l’eût cru?

Cela démontre une nouvelle fois à quel point le gouvernement Trudeau a manqué de respect aux francophones du Canada, en nommant une gouverneure générale qui ne parle pas français, et aux Acadiens du Nouveau-Brunswick en nous imposant une lieutenante-gouverneure unilingue.

Dans les deux cas, des motifs de diversité ont dicté le choix du premier ministre. Mary Simon est la première Autochtone à devenir chef d’État de notre pays. Brenda Murphy est la première femme ouvertement gaie à être lieutenante-gouverneure d’une province canadienne.

Sauf qu’il aurait été possible de trouver des personnes bilingues au profil semblable. Contrairement à la Cour suprême, il ne faut aucune compétence particulière (outre savoir lire et écrire et posséder un minimum de jugement) pour occuper les rôles largement symboliques de gouverneur général et de lieutenant-gouverneur.

Qu’on ne vienne plus nous dire que la maîtrise obligatoire du français empêche l’embauche de gens compétents et aux profils divers.

Justin Trudeau a réussi l’exploit de rendre la Cour suprême complètement bilingue. Il n’a aucune justification de maintenir en place une lieutenante-gouverneure unilingue au N.-B. Nous l’encourageons à pousser Mme Murphy vers la porte de sortie et à nommer sans attendre un successeur pouvant s’exprimer dans les deux langues officielles.

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