Le premier ministre Blaine Higgs en a étonné plus d’un, cette semaine, en révélant sa volonté d’accorder une place plus importante au secteur privé dans le domaine de la santé. Cette idée peu originale et trop souvent présentée comme une panacée ne permettra pas de résoudre la plupart des problèmes qui affligent notre système en crise.

Comme il le fait trop souvent, Blaine Higgs a lancé une idée en l’air, n’a pas trop élaboré à propos de celle-ci et n’a donné aucun indice à savoir s’il présente une vision sur laquelle il travaille en priorité ou s’il ne fait que raconter ce qui lui passe par la tête.

C’est cette dernière supposition qui est la plus probable. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, était de passage au Nouveau-Brunswick cette semaine, en même temps que les premiers ministres de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard.

M. Ford n’en fait pas de cachettes, il œuvre afin de mettre à profit le secteur privé. Il a récemment annoncé que des chirurgies financées par l’assurance maladie seront pratiquées dans des cliniques privées.

Blaine Higgs a pris l’habitude au cours des années de s’accrocher aux positions de ses homologues qu’il admire le plus, tel un écolier qui souhaite devenir ami avec les enfants cools dans la cour de récréation.

Il a fait campagne pour l’oléoduc Énergie Est (bien après la mort du projet) chaque fois qu’il était en présence du premier ministre albertain Jason Kenney. Il a imité la Saskatchewan, l’Alberta et l’Ontario afin de faire participer le Nouveau-Brunswick à une poursuite judiciaire frivole contre le gouvernement fédéral et sa tarification du carbone.

Cela dit, M. Higgs vient d’imposer un grand ménage à la tête du système de santé. Plusieurs têtes ont roulé. Tous les yeux sont désormais tournés vers lui, ce qui fait qu’il a désormais une obligation de résultat. Il n’est pas impossible qu’il soit à la recherche d’un coup d’éclat afin de faire la démonstration que les choses progressent grâce à lui.

Il ne sert à rien de démoniser le secteur privé. Celui-ci est déjà présent de toute façon dans le système de santé.

Certains services ne sont pas couverts par l’assurance-maladie, par exemple les soins dentaires. D’autres le sont, mais sont offerts en sous-traitance. Ambulance NB, le service téléphonique 411 et le Programme extra-mural sont gérés par Medavie, une entreprise basée à Moncton.

Et si vous n’avez pas de médecin de famille? Le gouvernement provincial vous invite à vous rendre sur la plateforme eVisitNB, qui permet d’obtenir des rendez-vous virtuels gratuits avec des infirmières praticiennes et des médecins, le tout en collaboration avec une entreprise privée.

Il est aussi possible de passer par le secteur privé pour obtenir certains services. Vous trouvez que votre hôpital tarde trop à vous offrir un examen d’imagerie à résonance magnétique? Vous pouvez obtenir un rendez-vous pour environ 1000$ dans une clinique de Moncton.

Après que sa déclaration initiale ait fait craindre les pires scénarios, Blaine Higgs a été forcé de clarifier ses propos mercredi et d’expliquer qu’il ne souhaite pas un véritable système à deux vitesses.

Il rêve plutôt d’un monde où le privé pourrait pallier la pénurie de personnel dans les hôpitaux. Un patient sans médecin de famille serait par exemple dirigé vers une clinique plutôt que vers l’urgence de l’hôpital le plus proche. Des soins qui ne sont offerts que dans les hôpitaux le seraient aussi dans les cliniques, sans coût supplémentaire pour le patient.

«Il se pourrait que vous n’ayez plus un médecin pour la vie, mais il se pourrait que vous ayez une clinique pour la vie. Et vous pourriez avoir une clinique n’importe où dans la province quand vous en avez besoin», a déclaré Blaine Higgs en conférence de presse.

Merveilleux, n’est-ce pas?

Malheureusement, les causes de la crise en santé sont plus profondes et ne se règleront pas par magie grâce à l’apparition de cliniques à travers le N.-B. Elles ont plus à voir avec une pénurie de personnel, plus particulièrement l’incurie du gouvernement en ce qui a trait au recrutement et à la rétention.

Vouloir abattre des vaches sacrées en accordant une plus grande place au secteur privé a l’avantage de faire de belles manchettes. Mais ce n’est pas un plan pour renforcer notre système de santé.

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