Depuis 2020, la taxe fédérale sur le carbone est devenue une taxe provinciale au Nouveau-Brunswick, gérée par le gouvernement provincial. Il est temps de mettre fin, au moins temporairement, à cette entente.

Le prix de l’essence comprend depuis quelques années une taxe sur le carbone. Elle est de 11 cents le litre et est appelée à augmenter, l’objectif étant d’encourager les ménages à se tourner vers des véhicules moins énergivores en imposant un prix de plus en plus élevé sur la pollution.

Le premier ministre Blaine Higgs dénonce depuis longtemps la tarification du carbone, qu’il a déjà qualifié de taxe tueuse d’emplois. Il n’est pas le seul. Des gouvernements provinciaux refusent obstinément de collaborer de quelque façon que ce soit avec Ottawa sur cet enjeu.

Le gouvernement Trudeau avait prévu le coup. Il impose lui-même une taxe fédérale dans les provinces où le fédéral refuse de s’en occuper. Les citoyens reçoivent ensuite des remboursements qui varient d’une province à l’autre. Cette année, cela représentera 745$ et plus dans les poches des Ontariens; en Saskatchewan, les remises dépasseront les 1000$. Ces chèques sont distribués à différents moments dans l’année. Les plus récents versements datent de juillet. Les prochains sont prévus en octobre.

Les Néo-Brunswickois ne reçoivent plus ces chèques depuis 2020, soit depuis que le gouvernement Higgs a conclu une entente avec le fédéral afin de prendre le contrôle des revenus de cette taxe.

À l’époque, les progressistes-conservateurs avaient promis en campagne électorale que tout l’argent versé par les automobilistes en raison de la tarification du carbone serait ensuite remboursé sous la forme d’allégements fiscaux. Une promesse qui a été reniée.

Entre-temps, le pouvoir d’achat des Néo-Brunswickois a rétréci comme peau de chagrin à la suite d’une hausse marquée de l’inflation. L’explosion du coût de l’essence, du logement et de l’alimentation, pour ne nommer que ces trois choses, a eu un impact majeur sur le portefeuille des citoyens.

Le gouvernement Higgs a été parmi les derniers à réaliser l’ampleur de la crise et à réagir. Il a d’abord réclamé – en vain – du fédéral qu’il annule la taxe sur le carbone. Alors que la crise de l’inflation s’intensifiait, il a fini par se résoudre à accorder une aide spéciale (225$ pour les personnes seules; 450$ pour les familles) aux ménages ayant les revenus les plus faibles.

Cette aide accordée à reculons n’était pas suffisamment ambitieuse. La classe moyenne est elle aussi durement touchée par la hausse du coût de la vie. Sauf que contrairement aux Ontariens, aux Albertains, aux Manitobains et aux Saskatchewanais, les Néo-Brunswickois n’ont pas à droit à des remboursements d’Ottawa.

En effet, le gouvernement Higgs a plutôt choisi d’utiliser les revenus du carbone afin de réduire modestement les impôts et pour financer diverses initiatives environnementales. Ainsi donc, un programme a été mis sur pied afin d’offrir des rabais aux personnes voulant acquérir un véhicule électrique ou hybride. Le remboursement atteint 2500$ ou 5000$, selon l’autonomie de l’automobile acquise.

Le programme n’est pas assez généreux et soulève peu d’enthousiasme. Le gouvernement Higgs rêve de voir 20 000 véhicules électriques sur les routes de la province d’ici 2030. Il est déjà clair qu’il n’atteindra pas son objectif.

Il faut dire aussi que la province fait preuve de bien peu d’imagination pour dépenser de façon efficace les fonds tirés de la taxe sur le carbone.

À titre comparatif, les gouvernements de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse ont lancé dans les derniers mois des programmes incitatifs d’achat de vélos électriques, toujours avec comme objectif d’inciter leurs citoyens à utiliser moins souvent leurs véhicules à essence. La popularité de ces initiatives dépasse toutes les attentes. Aucun programme du genre ne semble toutefois être dans les cartons à Fredericton.

Résumons. Le gouvernement Higgs gère une taxe sur le carbone qu’il souhaite voir disparaître. Ses programmes environnementaux manquent d’ambition et n’atteignent pas les objectifs pour lesquels ils ont été créés. Par ailleurs, le Nouveau-Brunswick est l’une des provinces où les citoyens reçoivent le moins d’aide pour faire face aux effets de la hausse du coût de la vie.

Face à ce constat d’échec, nous invitons le premier ministre Blaine Higgs à piler sur son orgueil et à remettre au fédéral la responsabilité de la taxe sur le carbone. Ainsi, une majorité de Néo-Brunswickois auront au moins accès à une aide financière dont ils ont besoin, mais dont ils sont privés.

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