La reine n’est plus. Avec son trépas, c’est toute une page d’histoire – disons plutôt un tome encyclopédique – qui se termine. Elle a marqué son pays, le nôtre, notre province et le monde comme bien peu d’autres l’ont fait avant elle.

Elisabeth II aura été fidèle à son sens du devoir jusqu’au bout. Deux jours avant son décès, alors qu’elle était clairement fragilisée, elle a accueilli Liz Truss, qui a succédé au controversé premier ministre britannique Boris Johnson, et lui a demandé de former un gouvernement. Elle fut ainsi la 15e et dernière chef du gouvernement de Sa Majesté.

L’idée même du décès de la reine est surréelle. Pour la plupart d’entre nous qui n’avons connu aucune autre souveraine, la monarchie, c’est Elisabeth II.

Elle a connu un règne extraordinaire, tant dans la durée (70 ans!) que dans sa façon d’incarner le rôle de sa vie.

Son principal accomplissement aura été de protéger la monarchie britannique. Cette institution vieillotte et dépassée, qui fait la célébration du népotisme, aurait dû disparaître depuis longtemps, encore plus à la suite des scandales qui l’ont frappée au cours des vingt dernières années, et en particulier avec la mort de Diana.

Et pourtant! La monarchie est encore là, gage de stabilité et toujours aussi présente dans nos vies. Elle continue de fasciner. Les «royaux» font courir les foules. Nos pièces de monnaie et nos timbres montreront éventuellement le visage de celui qui n’est déjà plus le prince Charles, mais qui est désormais le roi Charles III. Notre Cour du Banc de la Reine est devenue la Cour du Banc du Roi. Les nouveaux citoyens canadiens prêteront allégeance au roi. Même chose lors des cérémonies d’assermentation des ministres.

Si la monarchie est aujourd’hui aussi solide et immuable dans un monde qui s’est pourtant complètement transformé au cours des sept dernières décennies, c’est en raison d’Elisabeth II et du fait qu’elle a toujours su incarner cette institution avec force et dignité.

Paradoxalement, cette réussite est aussi d’une grande tristesse. Imaginez à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si elle avait utilisé sa crédibilité, son intégrité et tout ce qu’elle représente à combattre les inégalités ou les changements climatiques.

Elle a plutôt consacré une grande partie de sa vie à promouvoir et à protéger la monarchie, ses privilèges, sa famille et le Commonwealth. Elle a réussi cette mission comme personne d’autre n’aurait pu le faire. Mais ce n’est pas ce dont le monde avait besoin.

L’héritage d’Elisabeth II en Acadie est plus complexe. Elle était après tout le monarque d’un pays qui a ordonné la Déportation et la dispersion de nos ancêtres. Elle ne s’est jamais excusée, au nom de sa famille, de ses descendants ou de son pays, pour les atrocités qui ont été commises lors de cette tentative d’élimination de notre peuple.

Elle a pourtant présenté des excuses en 1995 à la plus grande tribu maorie de Nouvelle-Zélande pour la dévastation de ses terres au XIXe siècle.

Les Acadiens n’ont jamais eu droit à la même délicatesse. La Proclamation royale de 2003 ne contient pas d’excuses. Dans le document, la «reine du Canada» ne fait que reconnaître «les faits historiques», c’est-à-dire «les épreuves et souffrances subies par les Acadiens lors du Grand Dérangement».

Le dossier est désormais clos. Ce n’est pas Charles III qui va le rouvrir. Les excuses ne viendront jamais.

Quant à la monarchie, elle est là pour rester. Elle survivra au décès de la souveraine, même si Charles III ne compte pas sur le même capital de sympathie que son illustre mère.

Un exemple parmi tant d’autres. Peu après l’annonce du décès de la reine, le premier ministre Blaine Higgs a émis une déclaration pour rendre hommage à la défunte. Il l’a conclu avec les mots Dieu protège le roi, en lettres majuscules et un point d’exclamation en prime.

Cette tentative de M. Higgs de se montrer plus monarchiste que les Britanniques eux-mêmes, dans une province où une grande partie de la population a été marquée au fer rouge par les conséquences de la Déportation, était inappropriée. Elle démontre une nouvelle fois le manque de sensibilité du premier ministre à l’égard de tout ce qui n’est pas anglo-saxon.

Elle rappelle par contre que l’amour inconditionnel et immodéré de nombreux Canadiens pour la royauté dépasse Elisabeth II. La reine est morte, mais il en faudra bien plus pour que s’éteigne l’institution qu’elle a représentée avec brio pendant si longtemps.

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