L’industrie du crabe et du homard, si importante au Nouveau-Brunswick, est sous attaque aux États-Unis. Il est plus que temps que les gouvernements du Canada et du Nouveau-Brunswick sortent de leur apparent état d’indifférence et se portent à la défense de celle-ci.

Seafood Watch est un programme de surveillance de l’industrie des pêches qui est chapeauté par l’Aquarium de Monterey, en Californie. Il a publié il y a deux semaines un rapport déconseillant la consommation de crabe des neiges et de homard, en affirmant que cette industrie menace la survie des baleines noires de l’Atlantique Nord.

Cela nuit à l’image de l’industrie et pourrait inciter des acheteurs et des distributeurs américains à cesser de s’approvisionner au Canada. En effet, beaucoup de ces gens-là ne font pas d’enquêtes sur les pratiques de pêche au large de la Péninsule acadienne. Ils reçoivent la «liste rouge», font confiance à ceux qui l’ont préparée et s’ajustent en conséquence.

Le rapport de Seafood Watch n’est pas basé sur des faits, mais plutôt sur des impressions. Tant les crabiers que les homardiers ont consenti à des sacrifices afin de modifier leurs pratiques et de protéger les baleines noires, une espèce en voie de disparition. Et ça fonctionne! On ne dénote aucune mortalité, peu importe la cause, depuis 2019.

Tous ces efforts, ces fermetures de zones, les investissements dans les nouvelles technologies (en particulier les très coûteux casiers sans fil) et surtout les résultats positifs qu’ils ont engendrés ont été ignorés par Seafood Watch. L’organisme traite les homardiers et les crabiers comme si absolument rien n’avait changé au cours des cinq dernières années.

Seafood Watch ne fait aucune nuance entre les différentes pêcheries et là où elles ont lieu. En particulier, le fait que les homardiers canadiens sont visés dépasse l’entendement. Dans la région du golfe Saint-Laurent, cette pêche est concentrée en mai et en juin, alors que les baleines arrivent normalement en plus grand nombre un peu plus tard pendant l’été, de juillet à septembre. De plus, les homardiers pêchent pour la plupart dans des eaux peu profondes. Les contacts avec le grand mammifère marin y sont rares.

Pourtant, les gouvernements du Canada et des Maritimes tardent à se mêler du dossier.

Il aura fallu une dizaine de jours avant que la ministre fédérale des Pêches, des Océans et de la Garde côtière, Joyce Murray, diffuse une vidéo dans laquelle elle ne fait pas directement référence à la liste rouge et se contente surtout de vanter les mérites des pêcheurs et des mesures mises en place par son gouvernement.

À Fredericton, c’est le silence radio. Le ministre de l’Agriculture, des Pêches et de l’Aquaculture, Margaret Johnson, semble croire qu’elle n’a aucun rôle à jouer dans ce dossier.

Les exportations de crabe et de homard du Canada dépassent les 4 milliards $ annuellement. Cette industrie représente des dizaines de milliers d’emplois dans les Maritimes. Au N.-B., le poisson et les fruits de mer sont la troisième source d’exportation, après le pétrole de la raffinerie Irving et l’industrie forestière.

Plusieurs acheteurs font heureusement la part des choses. L’enjeu est néanmoins important. Quelque 86% des homards pêchés dans notre province prennent la route des États-Unis; pour le crabe, ce pourcentage atteint environ 90%.

Nous n’avons pas le luxe de laisser une organisation californienne, dont les représentants ne se déplacent pas dans nos régions et ne discutent pas avec nos scienti­fiques pour comprendre les mesures de protection mises en place et les résultats obtenus, menacer la vitalité de notre industrie.

L’absence de leadership du Canada et du Nouveau-Brunswick est incompréhensible. Le bilan des dernières années est excellent. Pourquoi les gouvernements Trudeau et Higgs ne montent-ils pas au front pour le défendre? Leur faible réponse contraste avec l’ampleur médiatique aux États-Unis du dévoilement de la liste rouge (CNN et le New York Times, pour ne nommer que ceux-là, ont couvert l’histoire).

Le jour n’est peut-être pas loin où les forces protectionnistes et partisanes américaines montreront du doigt les pêcheurs canadiens et réclameront des mesures restrictives sévères.

Le premier ministre Blaine Higgs ne se gêne pas pour critiquer les règles environnementales qui, à ses yeux, menacent les profits d’Irving Oil. Il a dénoncé sur toutes les tribunes les taxes punitives imposées par les États-Unis à notre industrie forestière. Il doit sortir de son mutisme et se porter à la défense des crabiers et des homardiers. Il doit aussi faire pression afin que cet enjeu soit pris au sérieux à Ottawa.

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