777 millions $. Retenez bien ce nombre. Il s’agit du surplus budgétaire réalisé par le gouvernement provincial. C’est aussi tout l’argent qui aurait pu être investi pour les Néo-Brunswickois victimes des crises de la santé, du logement et de l’inflation, mais qui a plutôt servi à rembourser une partie de la dette.

Pendant la majeure partie de son mandat, le premier ministre Blaine Higgs a imposé à son gouvernement, ses ministres et sa haute fonction publique deux priorités absolues: l’équilibre budgétaire et la gestion de la pandémie. Avec la fin des restrictions sanitaires, la COVID-19 a perdu ce statut privilégié. Ce gouvernement pense au remboursement de la dette. Tout le reste est secondaire.

En ce sens, le ministre des Finances, Ernie Steeves, a rempli sa mission. Il vient de livrer le plus important surplus budgétaire de l’histoire du Nouveau-Brunswick. Cet argent ne dort pas dans un compte de caisse populaire en attendant qu’il soit décidé où l’investir. Il est allé contre la dette provinciale, laquelle est désormais estimée à environ 12,4 milliards $.

Prenons un instant pour bien apprécier l’ampleur du surplus annoncé jeudi. Cela représente le tiers du budget en éducation et en formation et le cinquième des dépenses totales en santé de la province. C’est gigantesque. C’est surtout suffisamment d’argent pour apporter des changements majeurs et concrets dans des domaines qui touchent directement la vie des Néo-Brunswickois.

Le programme électoral du Parti progressiste-conservateur de 2018 prévoyait de réduire la dette provinciale d’au moins 125 millions $ par année. Le programme de 2020 n’apportait aucune mise à jour quant à cet objectif.

Or, nous ne sommes plus du tout dans ces eaux. Ce choix de réaliser des surplus les plus importants possible et de les verser ensuite en totalité contre la dette provinciale se fait sans le moindre débat. Le gouvernement nous met devant le fait accompli.

Pour y arriver, le ministre Steeves utilise chaque fois la même tactique. Il dépose un budget provincial dans lequel il annonce prévoir un déficit ou un faible surplus. Il le fait en sous-estimant de plusieurs centaines de millions de dollars ses revenus.

Au cours des mois qui suivent, la publication de mises à jour révèle que la situation financière du Nouveau-Brunswick est bien meilleure que prévu. Le ministre indique toutefois que la prudence reste de mise. Puis, à la fin de l’année financière, nous apprenons qu’un surplus budgétaire record a été réalisé. Le ministre Steeves le justifie alors en faisant mention de revenus imprévus ou non budgétés qui se sont ajoutés en cours de route.

La différence entre la fiction que sont les estimations du ministère des Finances et la réalité est colossale. Il y a une différence de plus de 1 milliard $ entre le déficit prévu dans le budget 2021-2022 (-244,8 millions $) et le surplus qui a été réalisé (+777,3 millions $).

À ce point, nous ne pouvons pas parler d’erreur d’appréciation. Le gouvernement Higgs n’a pas découvert avec stupéfaction, la semaine dernière, qu’il avait réalisé un mégasurplus qui approche du milliard. Il a choisi de cacher aux Néo-Brunswickois l’ampleur de celui-ci le plus longtemps possible.

Ce choix a des conséquences.

Avec ces centaines de millions de dollars en trop, le gouvernement Higgs aurait pu mettre en place des incitatifs dignes de ce nom pour recruter et améliorer le taux de rétention des infirmières. Il aurait pu favoriser la construction de milliers de logements abordables à travers la province. Il aurait pu investir dans des systèmes de ventilation dans les classes ou appuyer un plus grand nombre de citoyens aux prises avec l’explosion du coût de la vie.

Il aurait pu faire tout ça, à condition, bien sûr, d’en faire une priorité au moins aussi importante que le remboursement de la dette, ce qui n’est pas le cas pour ce gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, en 2018.

Nous saluons l’amélioration de la santé financière du Nouveau-Brunswick. Si le gouvernement Higgs plongeait notre province année après année dans l’encre rouge, nous n’hésiterions pas à le critiquer en éditorial, comme nous l’avons fait à l’endroit des gouvernements précédents de Shawn Graham, de David Alward et de Brian Gallant.

Il est toutefois temps que ces gigantesques surplus servent enfin à améliorer la qualité de vie des Néo-Brunswickois.

Les besoins sont nombreux. Le gouvernement Higgs a amplement les moyens d’investir dans les priorités des Néo-Brunswickois. Il est possible de payer à la fois l’hypothèque et de réparer le toit qui coule.

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