En démissionnant avec fracas, le ministre Dominic Cardy ne fait pas que régler des comptes avec un premier ministre en qui il n’avait plus confiance. ll lève aussi le voile sur un monde où Blaine Higgs décide seul de ce qu’il croit être bon pour le Nouveau-Brunswick, en plus de dénoncer tout ce qu’il représente.

Dominic Cardy n’est pas le premier ni le dernier à claquer la porte d’un gouvernement en raison d’un désaccord avec le chef. L’histoire politique est pleine de démissions controversées.

C’est néanmoins déjà la deuxième fois que Blaine Higgs voit un joueur important partir tout en le condamnant. En 2020, son vice-premier ministre Robert Gauvin avait choisi de siéger comme indépendant plutôt qu’appuyer le gouvernement dans sa volonté de fermer la nuit les services d’urgence de six hôpitaux situés en milieu rural.

Cela dit, ce qu’a fait le désormais ex-ministre Cardy est sans commune mesure avec les autres ruptures qui ont marqué l’actualité politique par le passé. Jamais une lettre de démission aussi incendiaire n’a été rendue publique au Nouveau-Brunswick.

Paragraphe par paragraphe, de façon chirurgicale, Dominic Cardy s’affaire à dévoiler Blaine Higgs sous son vrai jour. Il décrit le premier ministre comme étant quelqu’un qui a centralisé tout le pouvoir autour de lui, qui ne consulte pas ses ministres pour des décisions importantes et qui rejette les données qui vont à l’encontre de ce qu’il a décidé.

Ces accusations et ces révélations font très mal paraître M. Higgs. Elle mine son image de gestionnaire responsable qui se vante de prendre des décisions basées sur les faits. Elles présentent M. Higgs comme un idéologue qui veut à tout prix abolir l’immersion française dans les écoles anglophones et qui rejette d’un vulgaire «data my ass» les données ou statistiques qui vont à l’encontre de sa volonté.

Plus incroyable encore est le fait que M. Higgs, dans la conférence de presse qui a suivi la démission de son ministre, a confirmé de façon directe ou indirecte plusieurs éléments de la lettre.

Il faut dire que certaines des accusations portées par M. Cardy n’étonnent pas, même si elles restent stupéfiantes du fait qu’elles ont été proférées par une personne qui était jusqu’à cette semaine un poid lourd au sein du gouvernement.

C’est par exemple un secret de Polichinelle que Blaine Higgs ne travaille pas bien en équipe. Ainsi, Dominic Cardy le critique pour avoir aboli les conseils d’administration des régies de la santé sans avoir prévenu son cabinet. Cela rappelle la situation dans laquelle s’est retrouvée Robert Gauvin en 2018. Alors vice-premier ministre, il avait appris quelques minutes seulement avant une conférence de presse la décision de son chef d’éliminer certaines exigences linguistiques d’Ambulance NB.

Pas plus tard que mercredi, la ministre de Services NB, Mary Wilson, a été envoyée au front pour annoncer que le plafonnement du prix des loyers ne fonctionne pas. Elle n’en était clairement pas arrivée à cette conclusion par elle-même, Mme Wilson n’ayant même pas pu expliquer sur quoi elle se basait pour dire une telle chose. Elle a perdu son poste dès le lendemain.

M. Cardy déplore aussi le fait que M. Higgs n’a jamais voulu rapprocher et rassembler les communautés francophones, anglophones et autochtones.

Encore une fois, difficile de contredire le ministre démissionnaire, alors que M. Higgs a profité de son départ pour nommer au cabinet Kris Austin, lequel a consacré la majeure partie de sa vie politique à s’opposer et à combattre des droits et des acquis des Acadiens.

Nous avons donc en poste un premier ministre arrogant, isolé avec quelques conseillers au sommet de sa tour d’ivoire et convaincu d’avoir toutes les réponses. Un homme qui sait qu’il n’en a plus pour longtemps à faire de la politique, qui sait exactement ce qu’il veut accomplir, qui se fiche des dommages collatéraux qu’il pourrait causer et qui ne veut pas entendre de voix discordantes autour de lui.

Les prochains mois risquent d’être pénibles.

Quant à Dominic Cardy, il n’a pas dit son dernier mot. Il est trop intelligent pour savoir qu’il ne peut pas rester au sein du caucus progressiste-conservateur après avoir attaqué le chef de cette manière. Le fait qu’il préfère laisser Blaine Higgs le soin de l’expulser, plutôt que de partir de lui-même, laisse croire qu’il a les yeux sur l’inévitable course à la succession qui finira par être déclenchée tôt ou tard.

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