Tout occupé qu’il était à régler des comptes avec un ministre récalcitrant et à tenir une promesse faite à un transfuge, le premier ministre Blaine Higgs se retrouve en fin de compte à la tête d’un conseil des ministres affaibli.

Cinq ministres font leur entrée au cabinet ou changent de portefeuille. En tenant compte du fait que Dorothy Shephard et Bruce Fitch ont échangé leur place (Santé et Développement social) il y a trois mois, cela signifie que ce remaniement touche pas moins du tiers du cabinet. C’est majeur.

La mi-mandat représente traditionnellement un bon moment pour un premier ministre de brasser les cartes. Il sait à ce point qui sont les maillons faibles de son organisation et quels changements doivent être apportés. Cela permet aussi de donner un nouveau souffle au gouvernement en prévision des prochaines élections, prévues en 2024 au Nouveau-Brunswick.

Par contre, le jeu de chaises musicales qui s’est terminé jeudi représente dans ce cas-ci une illusion. Malgré le nombre important de députés et de ministres qui ont de nouvelles responsabilités, le fait est que ce nouveau Cabinet consacre le statu quo. Il ne représente pas une nouvelle vision.

En fait, les deux annonces qui ont fait le plus de bruit – la démission de Dominic Cardy et la nomination de Kris Austin – n’ont rien à voir avec une volonté du premier ministre de renforcer son gouvernement.

Blaine Higgs souhaite mettre fin au programme d’immersion française dans les écoles anglophones. Sous couvert d’exiger des résultats, il s’attaque dans les faits à un programme qui est vu par sa base populiste comme étant élitiste et qui favorise l’embauche d’enseignants francophones et québécois.

Même en admettant que M. Higgs soit sincère dans sa volonté de permettre à un plus grand nombre de Néo-Brunswickois anglophones d’apprendre à parler le français, cela doit se faire avec prudence et non pas avec un boulet de démolition, pour reprendre les mots utilisés par Dominic Cardy dans sa lettre de démission.

Blaine Higgs souhaite arriver à ses fins avant les prochaines élections pour mettre un éventuel successeur devant le fait accompli. Pour accomplir cet objectif, il était prêt à tout, y compris risquer un conflit ouvert avec un ministre populaire.

L’Association des enseignantes et enseignants francophones du N.-B. appréciait d’ailleurs ses efforts. Dans une publicité sous forme de bulletin de notes publiée dans l’Acadie Nouvelle cet été, l’AEFNB lui a donné la note de A ou A+ dans 8 des 14 catégories. «Un ministre très engagé. Son souci de l’élève est présent dans chacune de ses réflexions», a tranché l’association.

Il est difficile de savoir quoi attendre de son remplaçant, Bill Hogan. Celui-ci avait une bonne réputation en tant que député d’arrière-ban toujours bien préparé et en maîtrise de ses dossiers. Il a aussi l’avantage d’avoir le bon profil. Il est bilingue et est un ancien directeur d’école. Le système d’éducation ne devrait pas avoir trop de secrets pour lui.

Il pourrait faire du bon travail, mais seulement si le premier ministre lui en laisse l’occasion. En effet, l’épisode Cardy démontre que le chef veut un ministre qui accomplit ses quatre volontés. Tant pis si cela va à l’encontre de ce qui est le mieux pour le système d’éducation, les enseignants et les élèves.

La nomination au même moment de Kris Austin à titre de ministre de la Sécurité publique se doit par ailleurs d’être dénoncée. L’ancien chef allianciste a consacré la majeure partie de sa vie politique à montrer un biais antifrancophone. Ses attaques répétées contre de nombreux droits et acquis de la communauté acadienne devraient normalement le disqualifier de faire partie du conseil des ministres.

Il est clair à ce point-ci que le premier ministre Higgs lui a promis un ministère s’il sabordait la People’s Alliance pour joindre le Parti progressiste-conservateur. Sa nomination représente l’équivalent d’une claque au visage pour tous les Acadiens.

Nous saluons le départ de Mary Wilson, qui n’était clairement pas à sa place au cabinet. Sa remplaçante au ministère de Services NB, Jill Green, se voit ajouter la responsabilité du Logement. Un rappel des échecs du gouvernement dans ce dossier si important.

Le maintien de Dorothy Shephard au Développement social représente toutefois un mystère. Tant à son ministère actuel qu’à son précédent portefeuille (la Santé), elle a échoué à livrer la marchandise, que ce soit avec sa pseudo-réforme de la santé, l’allongement de la liste d’attente pour un médecin de famille ou celle pour obtenir un logement à prix modique chez Habitation NB. Sa place est sur les banquettes arrière; pas au conseil des ministres.

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