Les changements imposés à la formule de financement des villes et des commissions de services régionaux en préoccupent plus d’un. Le ministre Daniel Allain se fait rassurant et nous dit que tout ira bien. Doit-on partager son optimisme? En fait, il ne nous laisse pas tellement le choix.

L’Acadie Nouvelle a interviewé le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, dans le cadre d’une rencontre éditoriale, cette semaine.

Ce n’est pas la première ni sans doute la dernière fois que M. Allain se prête à cet exercice. Dès le départ, il a compris l’avantage d’utiliser toutes les tribunes à sa disposition afin de présenter sa réforme, répondre aux questions et tuer dans l’œuf un maximum de controverses. Cela fait de lui le ministre le plus accessible du gouvernement, et de loin.

La rencontre éditoriale avait été planifiée avant la démission fracassante de Dominic Cardy et du remaniement ministériel qui a suivi. Nous n’avons pas raté l’occasion d’aborder le sujet avec un poids lourd du gouvernement.

Daniel Allain est un fidèle du régime. Il ne fallait donc pas s’attendre à des déclarations incendiaires de sa part ni à le voir critiquer le premier ministre Blaine Higgs. S’il a partagé sa déception de voir partir Dominic Cardy, un collègue qu’il appréciait et dont il a vanté les qualités pendant l’interview, il a toutefois insisté sur le fait qu’il existe d’autres façons de marquer son désaccord. Il a ainsi voté pour expulser M. Cardy du caucus progressiste-conservateur.

Dans la même veine, il n’a pas voulu critiquer l’accession de l’ancien allianciste Kris Austin au sein du conseil des ministres, se contentant de promettre de défendre les droits des francophones au Cabinet.

La majorité de l’interview a porté sur la réforme de la gouvernance locale et son aspect financier. La décision du ministre de transférer aux CSR le financement de base des municipalités, de geler l’enveloppe totale pendant cinq ans, de transformer la formule de péréquation et de ne pas prévoir de subventions spéciales supplémentaires pour éponger les déficits dans les premières années représentent autant de pierres d’achoppement.

À ces critiques, la réponse de Daniel Allain est de lui faire confiance. Il demande aux entités municipales de d’abord effectuer leur processus budgétaire avant d’annoncer qu’elles manquent d’argent.

Cette position se défend. Gouverner, c’est faire des choix. Toutes les municipalités feraient chaque année d’importants déficits si les élus et les directeurs généraux ne s’assoyaient pas d’abord autour d’une table pour déterminer comment augmenter les revenus et restreindre les dépenses. Cette responsabilité ne changera pas après la réforme.

Et s’il devait ne pas y avoir suffisamment d’argent dans le système? M. Allain s’engage à appuyer les municipalités qui en auront besoin. Cette promesse vient toutefois avec un «mais», le ministre précisant chaque fois qu’il devra retourner au Cabinet ou au premier ministre pour obtenir ces fonds supplémentaires. Un pari risqué, quand on sait à quel point Blaine Higgs tient serrés les cordons de la bourse.

Daniel Allain et son sous-ministre, Ryan Donaghy (qui a aussi participé à la rencontre éditoriale), disent ne pas comprendre l’hésitation des municipalités en manque de revenus à faire passer leur taux d’imposition des entreprises de 1,5 à 1,7 fois le taux résidentiel local, comme le permettra la réforme.

Les élus municipaux craignent, si elles acceptent cette offre, de devenir moins concurrentiels comparativement à celles qui gèleront leur taux ou le réduiront (à 1,4 fois le taux résidentiel).

M. Allain réplique qu’il ne recréera pas le Far West qui existait avant Chances égales pour tous et que leur «élastique» (de 1,4 à 1,7) empêchera les écarts trop prononcés. Cela donnera une marge de manoeuvre aux municipalités qui en ont besoin, sans que cela n’ait pour effet de voir des entrepreneurs déménager à gauche ou à droite pour se magasiner un meilleur taux, promet-il.

Le ministre Allain a-t-il raison? Encore une fois, il demande au monde municipal de lui faire confiance. En fait, c’est un véritable acte de foi qu’il réclame de celui-ci. Il peut toutefois se le permettre. Jusqu’à maintenant, la réforme de la gouvernance locale s’est déroulée sans anicroche, outre quelques exceptions isolées (l’avenir de Chiasson-Savoy, par exemple).

Cela a permis au ministre de se bâtir un capital de crédibilité. Il s’appuie sur celui-ci pour convaincre les élus municipaux de marcher au rythme de son tambour.

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