Lentement mais sûrement, le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs accepte ce que la plupart des observateurs ont compris depuis des années, soit que le Nouveau-Brunswick vit une crise du logement et qu’une intervention politique est nécessaire. D’ici à ce qu’elle survienne et que les effets se fassent sentir sur le marché, il faut maintenir le plafonnement des hausses de loyer.

Il est devenu difficile et parfois impossible pour certaines tranches de la population à revenu modeste de se trouver un logis à prix abordable. Le marché locatif s’est considérablement resserré. Le Nouveau-Brunswick a connu une forte croissance de sa population ces dernières années, en partie en raison de l’arrivée massive de «réfugiés du logement» en provenance du sud de l’Ontario. Pendant ce temps, la construction de maisons et d’édifices à logement n’a pas suivi le même rythme.

Ces dernières années, les témoignages de citoyens qui ont subi des augmentations faramineuses de loyer se sont multipliés dans les médias, y compris dans les pages de l’Acadie Nouvelle. Il n’était pas rare d’entendre parler de locataires qui ont vu leur loyer doubler ou augmenter de plus de 1000$ par mois.

Le premier ministre Blaine Higgs a d’abord fait comprendre que ce n’était pas son problème ni celui de son gouvernement. Son inaction a directement contribué à dégrader une situation qui n’était déjà pas jolie. Pendant que le chef progressiste-conservateur réitérait sa foi aveugle en la loi de l’offre et de la demande et niait l’existence même d’une crise du logement, le coût des loyers augmentait plus vite dans notre province que partout ailleurs au Canada.

La pression est éventuellement devenue trop forte sur le gouvernement. La plus haute fonctionnaire de l’administration provinciale, Cheryl Hansen, s’est vue confier au printemps 2021 la tâche de rédiger un rapport. Ses modestes recommandations (notamment de limiter les propriétaires à une seule hausse par année) ont été adoptées, mais ont eu l’effet d’un diachylon sur une plaie ouverte.

À contrecoeur, le gouvernement Higgs a fini par se résoudre à imposer un plafond de 3,8% sur les hausses de loyer, bon pour cette année seulement. Il n’a toujours pas fait savoir si celui-ci sera renouvelé l’année prochaine.

Ça ne regarde pas bien. La semaine dernière, celle qui était alors ministre de Service NB, Mary Wilson, a été envoyée à l’abattoir. Elle s’est présentée devant les médias afin de répéter le message de son chef, c’est-à-dire que le plafonnement des loyers ne fonctionne pas puisqu’il n’a pas permis de régler le manque de logement abordable.

Mal préparée, elle a été incapable de justifier cette déclaration qui ne fait bien sûr aucun sens. Le contrôle des loyers a pour objectif de protéger les locataires contre les hausses arbitraires et injustifiées, pas de régler le problème du manque de logement abordable. Mme Wilson n’a par ailleurs pas pu indiquer quelles informations le gouvernement analyse pour décider si le plafonnement sera renouvelé.

Cette débâcle laissait croire que la décision de ne pas renouveler le plafonnement a déjà été prise, et ce, bien au-dessus de la tête de Mme Wilson, et qu’aucune donnée statistique ne fera changer d’idée le premier ministre. Data my ass, pour reprendre une expression devenue virale au Nouveau-Brunswick.

Dès le lendemain, Mary Wilson perdait son poste de ministre de Service NB et était remplacée par Jill Green, laquelle s’est fait ajouter à son nouveau ministère la responsabilité du Logement.

Mme Green était auparavant titulaire du portefeuille des Transports et des Infrastructures. Elle est réputée avoir la confiance de Blaine Higgs. Le fait que le premier ministre lui ait confié la filière du Logement laisse croire pour la première fois qu’il prend cet enjeu au sérieux.

Nous saluons ce changement de ton. Jill Green n’hésite pas à parler de «crise» du logement, un mot qui était auparavant tabou au sein de ce gouvernement. Elle s’est engagée à soumettre ce qu’elle a qualifié de stratégie complète. À cela, nous répondons: enfin!

Il faut un programme d’incitatifs simple, efficace et suffisamment généreux pour convaincre un maximum de promoteurs immobiliers de construire des logements familiaux qui ne seront pas hors de prix.

D’ici à ce que la ministre Green livre la marchandise, elle doit maintenir le contrôle du prix des loyers, comme cela est déjà le cas dans la plupart des autres provinces. L’immobilisme du gouvernement Higgs dans ce dossier a coûté déjà bien assez cher aux locataires néo-brunswickois.

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