Les entreprises de la famille Irving ont toujours su se démarquer dans le monde des affaires. Mais elles brillent encore plus dans deux autres domaines tout aussi lucratifs: ne pas payer leur juste part d’impôts et soutirer des centaines de millions de dollars en subventions.

L’émission Enquête a présenté jeudi soir un reportage qui a fait beaucoup réagir à propos de la richissime famille Irving.

Réjouissons-nous d’abord qu’Enquête passe un peu de temps au Nouveau-Brunswick. Cette importante émission d’affaires publiques de Radio-Canada s’intéresse très majoritairement aux enjeux qui touchent le Québec. Or, notre province compte plus que sa part de scandales qui ne demandent qu’à être déterrés. Encore faut-il avoir des organisations médiatiques qui ont les moyens et l’expertise de le faire. Nous espérons voir Enquête revenir à la charge plus souvent dans notre coin de pays.

Cela dit, dans son reportage de jeudi, l’équipe confirme surtout ce que l’on savait déjà depuis longtemps au Nouveau-Brunswick à propos des Irving et de leurs multiples entreprises, soit qu’ils utilisent depuis des décennies des paradis fiscaux pour réduire leur facture d’impôt au Canada et au Nouveau-Brunswick. En même temps, ils ne se gênent pas pour quêter des subventions que nos politiciens sont trop heureux de leur accorder.

Nous avons toutefois appris à quel point l’imagination des Irving est sans limites quand vient le moment de réduire leurs factures d’impôt.

Entretemps, Irving Oil, JD Irving, Irving Shipbuilding et toutes les autres branches et compagnies continuent de tendre la main aux contribuables, avec succès.

Ça ne changera pas de sitôt.

Le seul député interviewé à la caméra par Enquête est Kevin Arseneau, du Parti vert. La raison est simple. Les gouvernements et les partis qui ont une chance réelle de prendre le pouvoir, qu’ils soient conservateurs ou libéraux, n’ont pas la volonté d’agir. C’est la position du premier ministre Blaine Higgs, lui-même un ancien haut placé chez Irving Oil, mais aussi de la plupart des premiers ministres qui l’ont précédé de même que ceux qui lui succéderont.

En réaction au reportage, Blaine Higgs a indiqué que son ancien employeur a toujours suivi les règles et qu’il ne voit pas de raisons de lui couper les vivres. Son ministre des Finances, Ernie Steeves, a été encore plus loin, en invitant les Néo-Brunswickois à eux aussi prendre avantage de tous les moyens à leur disposition pour payer le moins d’impôts possible.

Ce commentaire du ministre Steeves est particulièrement méprisant. Il met sur un pied d’égalité l’utilisation des paradis fiscaux par la famille Irving et les déductions fiscales (comme les REÉR, par exemple) accessibles aux ménages.

Cette position du ministre est particulièrement hypocrite. Si un petit génie trouvait demain matin une façon simple de permettre à tous les salariés et les PME de profiter eux aussi des paradis fiscaux et de réduire à néant ce qu’ils doivent au fisc, M. Higgs et M. Steeves seraient les premiers à paniquer et à chercher des moyens de colmater cette brèche. Mais comme elle ne profite qu’aux milliardaires, ceux-ci s’en moquent.

Les avantages dont jouissent les Irving au Nouveau-Brunswick sont incalculables.

Leur raffinerie est la plus importante au Canada, mais est moins lourdement taxée que les raffineries de plus petite taille en Alberta. L’impôt foncier de leur scierie de Saint-Jean est moins élevé que celui d’un hôpital. Pendant que les évaluations foncières des simples citoyens explosent, celles des propriétés industrielles des Irving sont gelées ou carrément réduites.

Énergie NB demande à augmenter vos tarifs d’électricité de 8,9%, mais pas ceux des grandes entreprises. Les redevances que doit payer JD Irving pour accaparer le bois sur les terres de la Couronne n’ont pas augmenté malgré la hausse faramineuse du prix de vente du bois d’œuvre.

Le Nouveau-Brunswick n’est pas pauvre. C’est une province qui transfère sa richesse dans les mains d’un petit groupe d’industriels.

Nous partageons la position du député Kevin Arseneau. Une entreprise qui déménage ses profits dans les paradis fiscaux, même légalement, ne devrait pas avoir droit à des subventions directes ou indirectes. À quand un gouvernement qui se tiendra debout?

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle