La décision de Blaine Higgs de nommer l’ancien chef de la People’s Alliance au sein du comité de révision des langues officielles suscite passions et remous. C’est tant mieux. Si rien de tout cela n’ébranle le gouvernement, il est bon de constater que personne n’est dupe face à ce nouvel acte de provocation du premier ministre.

Le hasard du calendrier voulait que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, était de passage à Oromocto, mardi. En conférence de presse, il a critiqué la nomination de Kris Austin, en affirmant que «ça ne fait aucun sens» de nommer sur ce comité quelqu’un qui «n’est pas intéressé pantoute» à protéger les langues officielles et le français.

Cette sortie mérite d’être soulignée. Les politiciens fédéraux sont souvent prompts à se prononcer sur les enjeux linguistiques ou identitaires qui touchent le Québec, mais restent trop souvent silencieux quand il s’agit de l’Acadie. De voir un premier ministre du Canada se mêler de la politique provinciale néo-brunswickoise, et plus spécifiquement de la nomination d’un ministre au sein d’un obscur comité gouvernemental, est un événement qui sort de l’ordinaire, pour ne pas dire inédit.

Il faut dire que le gouvernement Trudeau a des choses à se faire pardonner. C’est lui qui a nommé en 2019 une lieutenante-gouverneure unilingue anglaise pour le Nouveau-Brunswick et qui se bat maintenant devant les tribunaux afin de préserver son privilège de nommer des unilingues à ce poste symbolique.

Puisqu’il était de passage au Nouveau-Brunswick, il était évident qu’il allait être appelé à réagir à la controverse linguistique provoquée par Blaine Higgs. L’heure n’était pas aux nuances ni au respect des compétences provinciales.

Justin Trudeau devait envoyer un message clair et sans ambiguïté, sans louvoyer comme il l’avait fait à Dalhousie, en avril. Il avait alors dit appuyer les Acadiens «à 100%», mais en ajoutant à cela des paroles creuses qui visaient surtout à ne pas révéler son refus de changer la loi pour faire du bilinguisme une obligation pour le poste de lieutenant-gouverneur du N.-B.

Cette fois-ci, il a été à la hauteur. Il a dénoncé la nomination de Kris Austin ainsi que son passé politique et s’est même engagé à aborder le sujet avec Blaine Higgs. Plus tôt dans la journée, le caucus libéral fédéral du Nouveau-Brunswick a rendu publique une lettre demandant de retirer à Kris Austin toutes ses respon­sa­bi­lités en ce qui a trait aux langues officielles.

Sans surprise, le premier ministre Higgs a balayé les critiques du revers de la main. Il a accusé M. Trudeau d’avoir fait cette sortie dans le but de détourner l’attention des Néo-Brunswickois d’autres sujets comme la hausse du coût de la vie et le prix du carburant. Il ne comprend pas pourquoi le premier ministre fédéral se prononce à propos d’un comité du caucus.

Cette réponse est risible. Le gouvernement Higgs critique souvent Ottawa à propos de décisions qui sont pourtant de compétence fédérale, comme la taxe sur le carbone, par exemple. Plus récemment, il a exprimé son opposition au programme de rachat d’armes à feu des libéraux fédéraux.

Quant aux enjeux cruciaux tels que la hausse du coût de la vie, la crise du logement et la pénurie de personnel dans les hôpitaux, ils ont été délaissés par les progressistes-conservateurs, ce qui a contribué à empirer la situation.

La réaction de M. Higgs montre aussi son mépris à l’endroit de ceux qui critiquent ses décisions, que ce soit chez les libéraux fédéraux ou au sein de la communauté acadienne.

Cet homme vit dans une tour d’ivoire et est convaincu d’avoir raison sur toute la ligne. Les opinions divergentes ne signifient rien à ses yeux.

Il savait très bien qu’en nommant Kris Austin aux langues officielles, il s’exposerait aux critiques. Il s’en fiche. Il continue de jeter de l’huile sur le feu, en décrétant par exemple que le commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick est «un bureau très négatif» qui ne fait que «rejeter la faute sur une personne ou sur une autre».

Voir un premier ministre qui sème volontairement la division à des fins politiques, partisanes et idéologiques n’est pas une chose normale ni acceptable et il ne faut pas avoir peur de le dire. À défaut de convaincre Blaine Higgs d’agir de façon responsable et rassembleuse, il ne faut pas se gêner pour le condamner.

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