Le premier ministre Blaine Higgs ne manque pas d’imagination quand vient le moment de s’attaquer aux acquis des Acadiens. Sa dernière lubie? Privatiser le transport scolaire et mettre fin au transport homogène (des autobus séparés pour les élèves franco­phones et anglophones). Nous n’accepterons jamais qu’une telle mesure soit implantée.

Il y a deux systèmes d’éducation au N.-B.: un pour les francophones et l’autre pour les anglophones. Cette dualité est enchâssée dans la Charte canadienne des droits et libertés. Il n’existe aucune échappatoire.

Cela frustre énormément de gens dans le Nouveau-Brunswick anglophone et au sein du gouvernement Higgs. Ils sont plusieurs à rêver à mettre fin à ce système et à le comparer avec l’apartheid qui a sévi en Afrique du Sud ou à la ségrégation raciale qui a eu cour aux États-Unis.

Ils n’y peuvent toutefois rien. Les écoles bilingues, qui étaient autrefois des foyers d’assimilation, ne reviendront pas. La dualité en éducation est là pour rester, à moins d’une improbable modification à la Constitution. Les opposants cherchent donc des façons d’attaquer indirectement ce droit fondamental.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la décision du gouvernement Higgs de demander cet été des avis juridiques afin de déterminer si la création d’un système de transport scolaire bilingue serait anticonstitutionnelle.

La première réaction du ministère de l’Éducation à cette bombe révélée par Ici Acadie a été de soutenir que des pressions additionnelles ont été exercées sur les services d’autobus scolaires pendant la pandémie, d’où le besoin d’explorer d’autres options.

C’est de la bouillie par les chats.

Au plus fort de la pandémie, le gouvernement recommandait aux parents de conduire eux-mêmes leurs enfants à l’école. Les élèves qui voyageaient néanmoins en autobus étaient invités à ne pas partager leur siège avec un autre ami ni à changer de place. Et nous sommes censés croire qu’en rassemblant plus d’enfants de différentes écoles dans des autobus «bilingues», cela aurait contribué à améliorer le système? Il y a quelqu’un à Fredericton qui nous prend pour des valises.

Le ministre de l’Éducation, Ben Hogan, a tenté de rentrer le dentifrice dans le tube, vendredi matin, en soutenant qu’il n’y aura finalement pas de transport scolaire bilingue et privatisé.

C’est ce que nous voulions entendre.

Le dossier n’est néanmoins pas clos. Dans cette volonté de Blaine Higgs de mettre fin au transport scolaire homogène, nous retrouvons en effet trois des marottes préférées du premier ministre: la privatisation de services publics, l’antisyndicalisme et le déni des droits linguistiques des francophones.

Ne nous laissons pas endormir. Blaine Higgs a bien tenté de mettre en place sa vision. Et cela n’avait rien à voir avec une quelconque volonté de réduire les coûts ou d’améliorer l’efficacité du transport des élèves.

À preuve, les avis juridiques rendus publics font état de la volonté du chef de mettre en place un transport scolaire privatisé et non homogène dès septembre 2023. Un changement aussi radical, s’il était souhaitable, devrait normalement être préparé de longue date et accompagné d’un débat. Pas être imposé à toute vitesse afin de mettre la population touchée devant le fait accompli.

Il n’y a en effet pas seulement des enjeux constitutionnels à prévoir, mais aussi de sécurité. Il n’est sans doute pas erroné de croire que la majorité des conducteurs d’autobus du système scolaire anglophone sont unilingues. Ils ne pourraient pas communiquer avec un jeune enfant acadien en détresse et qui ne parle pas l’anglais. C’est sans compter tout ce qui a trait à la lutte contre l’assimilation.

Le transport scolaire doit rester public et homogène. Nous sommes opposés à la privatisation de ce service essentiel. Nous croyons aussi que les élèves doivent continuer de voyager dans des autobus séparés sur une base linguistique. Aucun compromis ne peut être négocié sur ce point.

Nous demandons par ailleurs aux ministres Daniel Allain et Réjean Savoie de dénoncer cette nouvelle dérive de leur premier ministre.

Tout ceci n’est que la pointe de l’iceberg. Blaine Higgs ne s’arrêtera pas là. L’indépendance du commissariat aux langues officielles, la révision automatique aux 10 ans de la Loi sur les langues officielles, les deux régies francophone et anglophone de soins de santé… tout cela est dans la mire de ce gouvernement.

Il est temps que cette administration soit dirigée par un premier ministre respectueux des droits de la minorité acadienne. Le plus tôt sera le mieux.

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