Les dirigeants de la Santé publique du N.-B. sont-ils muselés par le gouvernement provincial ou s’autocensurent-ils? Se peut-il qu’ils ne comprennent simplement pas leur responsabilité de communiquer régulièrement des informations et des recommandations claires à la population? Peu importe la réponse, nous sommes en droit de nous attendre à plus et à mieux.

La médecin-hygiéniste en chef, la Dre Jennifer Russell, est en arrêt de travail. Elle est remplacée sur une base intérimaire par le Dr Yves Léger. Tout comme c’est le cas avec la Dre Russell, ses qualifications ne peuvent être remises en question. La Santé publique du N.-B. est entre de bonnes mains.

Vendredi, le Dr Léger a participé à une conférence de presse comme nous sommes en droit de nous attendre. Il a fait un bilan de la situation concernant l’influenza et le virus respiratoire syncytial. Il a expliqué les conséquences de cette activité accrue sur le fonctionnement des services d’urgence et des unités pédiatriques. Il a répondu aux questions et dévoilé beaucoup d’informations, en plus de recommander le port du masque.

Des conférences de presse comme celle-là devraient être routinières. Ce n’est pas le cas. C’est plutôt parce que le silence de la Santé publique dans les dernières semaines a été critiqué de tous bords tous côtés, au point de devenir intenable, qu’elle a fini par se résoudre à participer à cet exercice médiatique.

Obtenir des informations de base relève trop souvent du parcours du combattant. Le réflexe premier de cette organisation quand on lui demande des précisions sur un sujet précis, par exemple concernant la présence de nouveaux variants de la COVID-19, est souvent de dire qu’aucune mise à jour n’est prévue à ce sujet.

La semaine dernière, la Société médicale du N.-B. et le Collège des médecins ont fait une sortie afin de sensibiliser la population à l’impact des virus respiratoires sur le système de santé et pour encourager le gouvernement provincial à mener une campagne de sensibilisation visant à exhorter les gens à porter le masque.

L’Acadie Nouvelle a évidemment voulu savoir si le médecin-hygiéniste en chef intérimaire partageait la même position. Notre demande d’entrevue a été rejetée. D’autres médias ont vécu des expériences similaires.

Le ministre de la Santé, Bruce Fitch, a voulu se porter à sa défense en expliquant qu’il reçoit chaque jour plusieurs demandes médiatiques. Il a expliqué que le Dr Léger a aussi été très occupé à préparer une présentation qu’il a livrée aux ministres fédéral, provinciaux et territoriaux de la Santé.

Mais sur quelle planète ces gens-là vivent-ils pour déterminer qu’il est plus urgent de préparer une présentation à l’interne pour des politiciens plutôt que d’informer convenablement la population?

Il y a une grande inconnue dans ce dossier. Nous ne savons pas si la direction de la Santé publique en est venue elle-même à la conclusion que rien ne justifie des sorties plus fréquentes ou si c’est le gouvernement Higgs qui lui impose le silence.

Avant la pandémie, nous n’entendions pas souvent parler de ce département. Il n’existait pas d’attente particulière, par exemple pendant la saison de la grippe, de la part de la population pour des points de presse réguliers faisant état de la situation. Les médecins-hygiénistes (en chef ou régional) faisaient surtout l’actualité lors d’événements ponctuels, comme une éclosion de rougeole à Saint-Jean ou de légionellose dans des tours à refroidissement de Moncton.

Il est par contre possible que ce soit le gouvernement qui préfère limiter la visibilité du bureau de la médecin-hygiéniste afin de contrôler étroitement son message.

Le premier ministre Blaine Higgs ne veut plus imposer de restrictions sanitaires et ne surtout pas rendre obligatoire le port du masque. La diffusion d’informations à propos de la propagation de virus et de l’impact de celle-ci sur le milieu de la santé ajoute beaucoup de pression sur le gouvernement, qui doit alors justifier son inaction.

Tout cela ramène à l’avant-plan l’enjeu de l’indépendance de la Santé publique. C’est une chose d’encourager la population de porter le masque. C’en est une autre de recommander au gouvernement de l’imposer.

C’est à Fredericton que revient la décision d’ordonner des restrictions. La Santé publique n’a qu’un pouvoir de recommandations. Encore faut-il qu’elle soit suffisamment libre pour le mettre en pratique.

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