Il n’est pas facile pour un élu progressiste-conservateur de dire qu’il défendra les droits linguistiques des Acadiens. La lettre rendue publique par le ministre Daniel Allain montre bien à quel point celui-ci marche sur une ligne très mince, entre un premier ministre qui ne souffre pas la critique et des francophones qui ont besoin de sentir que quelqu’un défend leurs intérêts.

Daniel Allain est dans une situation inconfortable depuis la nomination de Kris Austin au sein du conseil des ministres et du comité de révision sur les langues officielles. Il ne pouvait rester assis éternellement sur la clôture, en particulier après s’être fait savonner comme il l’a été pendant la Période des questions par la députée libérale Isabelle Thériault, la semaine dernière. Chaque jour qui passait le faisait encore plus paraître comme un complice silencieux du duo Higgs-Austin.

Au-delà du contenu de la lettre, le seul fait qu’un ministre se sente obligé d’écrire au premier ministre pour lui indiquer ce qui est à ses yeux n’est pas négociable en ce qui a trait aux droits linguistiques est quelque chose de stupéfiant. Avec cette sortie publique, M. Allain reconnaît de façon implicite que son patron n’est pas digne de confiance sur la question linguistique et qu’il doit donc lui faire comprendre ce qui est «non-négociable».

L’un de ses objectifs était de rassurer la population sur ses intentions. Sur ce point, c’est mission accomplie. «C’est le discours public qui nous manquait», a déclaré le président de la Société de l’Acadie du N.-B., Alexandre Cédric Doucet.

Cela dit, le ministre a agi avec prudence. Ceci n’est pas une sortie kamikaze comme celle de l’ancien ministre Dominic Cardy le mois dernier. Le ton n’est pas du tout le même.

D’ailleurs, l’autre ministre acadien, Réjean Savoie, a fait parvenir à l’Acadie Nouvelle une lettre d’opinion (vous pouvez la lire en page 18)dans laquelle il promet aux francophones et Acadiens que «je serai toujours là pour protéger leurs droits, mais je le ferai d’une manière respectueuse, parce que je veux contribuer à la solution et non au problème». La lettre a été envoyée par le Bureau du conseil exécutif (le ministère du premier ministre).

Daniel Allain trace des lignes dans le sable, mais souvent à des endroits où Blaine Higgs a déjà déclaré ne plus vouloir se rendre. Dans les dernières semaines, le premier ministre a confirmé ne pas avoir l’intention de fusionner les régies de la santé Horizon et Vitalité, de privatiser et rendre bilingue le transport scolaire ou d’abolir le commissariat aux langues officielles.

Le ministre s’avance néanmoins un peu plus sur certains points, notamment en ce qui a trait à la volonté de son chef d’abolir le programme d’immersion française dans le système d’éducation anglophone. Il estime (avec raison) que le gouvernement va trop loin et trop vite et laisse entendre qu’il ne gère pas ce dossier avec les meilleures informations disponibles. C’est une façon polie de dire que la décision d’abolir l’immersion n’est pas basée sur des données, mais plutôt sur la seule volonté du premier ministre.

Par contre, M. Allain prend bien soin de ne pas se peinturer dans un coin ni de placer son chef dans une situation intenable. Nulle part n’écrit-il s’opposer à l’abolition de l’immersion. De même, il se porte à la défense du commissariat aux langues officielles, mais ne réclame pas spécifiquement que ses pouvoirs soient renforcés. Il privilégie plutôt le statu quo. Il ne précise pas non plus s’il accepterait que soit éliminée l’obligation d’une révision automatique aux 10 ans de la Loi sur les langues officielles prévue dans la législation. Il ne dénonce pas la présence de Kris Austin au cabinet.

Le ministre a de plus précisé dans les entrevues qu’il a ensuite accordées qu’il ne démissionnerait pas si ses demandes n’étaient pas respectées. Il s’engage plutôt à voter contre toute initiative qu’il jugerait inacceptable.

Bref, aucun pont n’a été brûlé. Le premier ministre a d’ailleurs réagi en soirée en disant comprendre la volonté de M. Allain de rendre publique ses préoccupations. «Il me les a déjà exprimées», a soutenu Blaine Higgs.

Ce n’est toutefois pas un coup d’épée dans l’eau. Dans ce gouvernement, il est encouragé de critiquer publiquement les acquis du peuple acadien, un privilège dont profite pleinement Kris Austin. Il faut par contre mettre des gants blancs pour défendre ces droits linguistiques sous peine d’être accusé de semer la division. Dans ce contexte explosif, la lettre du ministre Allain a le mérite de rendre claires ses positions.

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