Le gouvernement Higgs mettra fin ce 31 décembre au plafonnement des augmentations de loyer de 3,8%. C’est une mauvaise décision prise pour de mauvaises raisons et qui nuira au bien-être économique de milliers de Néo-Brunswickois.

Il existe un mot dans la langue française pour décrire ce qu’est en train de faire Blaine Higgs: déresponsabilisation. Le premier ministre estime que locataires qui peinent ou peineront à joindre les deux bouts à l’issue d’augmentations de loyer qui s’annoncent très salées ne sont pas son problème.

L’abolition du plafonnement n’est pas une surprise. Celui-ci avait été imposé à contrecœur. Le premier ministre Higgs et ses ministres ne rataient jamais une occasion pour exprimer leur scepticisme par rapport à cette mesure.

Le silence de la nouvelle ministre responsable du Logement, Jill Green, était aussi révélateur. Une mesure comme le plafonnement des loyers doit être annoncée avec un minimum de préavis. Plus les jours passaient, plus il devenait évident que la décision d’y mettre fin avait déjà été prise. Le gouvernement attendait seulement le meilleur moment pour l’annoncer.

La ministre Green a été envoyée au front pour justifier la fin du plafonnement. Elle a expliqué que cette politique «ne fonctionne pas» parce qu’elle n’a pas permis d’augmenter le nombre de logements disponibles au Nouveau-Brunswick.

Sa prédécesseure au ministère de Services NB, Mary Wilson, avait dit à peu près la même chose tout juste avant de perdre son poste au sein du cabinet. De voir Mme Green répéter les mêmes inepties qui avaient été dénoncées en octobre est donc particulièrement décevant.

Il faut comprendre que le plafonnement n’a jamais eu pour objectif de permettre d’augmenter l’offre de loyers au N.-B.

Ce n’est pas nous qui le disons, mais bien le gouvernement lui-même. Dans un communiqué de presse diffusé en juin, la ministre Wilson avait déclaré que la mesure était destinée à «atténuer les pressions sur les locataires», notamment en raison des faibles taux d’inoccupation.

Il n’avait à l’époque jamais été question de laisser croire à qui que ce soit que le plafonnement inciterait par magie les promoteurs immobiliers à construire plus d’édifices à logements. Le propriétaire d’une nouvelle tour d’habitation peut après tout imposer le loyer qu’il désire au moment de l’ouverture officielle. De toute façon, s’il s’agissait réellement d’une préoccupation, le gouvernement aurait pu accorder une exemption de quelques années à ces promoteurs.

Ce n’est pas comme si le plafonnement avait poussé les propriétaires immobiliers à la faillite. Au contraire, des données obtenues par CBC démontrent que ceux-ci ont connu une très bonne année et ont imposé des hausses de loyer qui dépassent la moyenne nationale.

Le projet de loi qui vient d’être déposé comprend de nouvelles protections pour les locataires. Le tribunal de location de locaux d’habitation se verra consentir de nouveaux pouvoirs, notamment celui d’ordonner qu’une hausse de loyer jugée trop abrupte soit étalée progressivement sur quelques années. De plus, le délai pour contestation passera de 30 à 60 jours.

Ce sont de bonnes initiatives. Ces ajouts à la loi camouflent toutefois mal la stratégie des progressistes-conservateurs, qui délèguent aux locataires la responsabilité d’obtenir justice eux-mêmes.

La plupart des provinces imposent des plafonnements stricts pour éviter les hausses indécentes. Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement vous dit que c’est à vous de faire les démarches si vous êtes victimes d’une hausse indécente. Et tant pis pour vous si vous ne savez pas comment y arriver ou si vous devez affronter un propriétaire qui dispose d’une batterie d’avocats pour l’appuyer.

Tout cela en dit long sur l’état d’esprit du premier ministre Blaine Higgs.

Il faut rappeler qu’il a donné le feu vert au plafonnement de 2022 à contrecoeur, à la suite de constantes manchettes négatives, de témoignages déchirants de locataires qui voyaient leur loyer doubler ou tripler d’un coup et après des pressions continues des électeurs, des militants et de membres du caucus de son propre parti.

Tout cela ne lui importe plus. Blaine Higgs sait qu’il ne restera pas premier ministre éternellement. Il a choisi de suivre sa voie et son idéologie. Personne ne pourra le faire changer d’avis et tant pis pour les conséquences.

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